Le commerce équitable, une nécessité

par Aimée Dumoulin

Le temps des fêtes, une occasion toute particulière pour offrir des présents aux gens qui nous sont chers. Des jouets pour les enfants, des vêtements ou de petites gâteries chocolatées pour nos parents et amis. Ce temps de frénésie commerciale ne semble cependant pas faire prendre conscience à la population que ces cadeaux proviennent très souvent du dur labeur d’enfants, de femmes ou d’hommes bénéficiant de peu ou même d’aucune protection sociale. Voici un petit aperçu de la situation actuelle:

“L’Amérique du Nord compte 6% de la population mondiale et utilise de 40% à 50% des ressources naturelles mondiales.”1  En terme d’énergie, “tout homme, femme et enfant, en Amérique du Nord, réquisitionne l’équivalent de 80 à 100 esclaves chacun, qui fabriquent pour eux, jour et nuit, des biens qui aboutissent à la poubelle.” 2

Les vêtements et textiles
Provenant très fréquemment de l’extérieur du Canada, les vêtements et textiles continuent à se vendre à très bas prix car ils ont été fabriqué par des travailleurs sous payés. La culture de leurs matières premières occupent les terres fertiles de pays sous-alimentés. De plus, leur culture est loin d’être écologique. À elle seule, la culture du coton emploie le quart des pesticides employés à l’échelle mondiale.

L’industrie du jouet
Le 10 mai 1993, un incendie frappe l’usine de jouets thaïlandaise Kader, produisant entre autres des poupées en peluches et des briques de Légo. Les conditions de travail y étaient inacceptables (température pouvant atteindre les 40 degrés celsius).

Parce que cette usine n’était pas conforme aux normes de sécurité, 171 jeunes ouvrières y décèdèrent, 181 y furent blessés et 92 enfants devinrent orphelins de père ou de mère.

Café, thé, sucre ou chocolat, quel délice!
Après le pétrole, le café est la deuxième denrée légale transigée sur les marchés internationaux. Environ 20 millions de personnes travaillent à sa production sur la planète dont  la moitié sont bien en dessous du seuil de la pauvreté.

Selon des analyses, 16 thés sur 60 sont exempts de pesticides. Une travailleuse de plantation de thé typique commence très jeune à travailler avec ses parents, de l’aube jusqu’au soir, 7 jour sur 7. Au Kenya, 90% des travailleuses disent avoir subi ou avoir été témoins d’abus sexuels dans leur milieu de travail.

Selon un rapport de l’US State Departement, en Côte d’Ivoire, 15000 enfant de 9 à 12 ans furent contraints à travailler dans des plantations de coton, café et cacao, dans les années 1990.

Plusieurs Haïtiens travaillant sur des plantations de cannes à sucre ne peuvent les quitter car leur permis de travail n’est valide que sur la plantation à laquelle ils sont destinés. Quitter la plantation les rendent passibles de prison et de travaux forcés dans les plantations.

Pour toutes ces aberrations, le public doit avoir conscience de ses consommations. Devenir un consomActeur plutôt que de rester un consommateur passif. Nous avons le pouvoir de changer le monde, car l’acte de consommer est politique. Chaque achat correspond à un vote.

Le commerce équitable, une lutte contre l’exploitation des ressources humaines du Sud.
Le commerce équitable est une alternative au commerce international conventionnel. C’est une entreprise sans but lucratif qui a pour objectif le développement harmonieux et durable des petits producteurs défavorisés. Le commerce équitable n’est pas de la charité pour les pauvres mais une nouvelle vision plus juste du commerce et de l’aide internationale. C’est l’humain qui est au centre de ce commerce et non plus le profit de quelques multinationales.

S’engager à faire du commerce équitable implique les points suivants:

-Payer un juste prix aux producteurs pour leur permettre de couvrir leur coût de production et de main d’œuvre et pour subvenir aux besoins de sa famille.

-Offrir des prix plus élevés que ceux des cours boursiers et permettre l’accès au crédit pour s’assurer que le producteur ne s’endette pas.

-S’assurer que les conditions de travail sont équitables, en particulier pour les femmes et ne pas accepter que les enfants travaillent.

-Limiter les intermédiaires en faisant du commerce direct avec le producteur;

-S’engager à long terme avec les producteurs de façon à promouvoir le développement durable;

-S’assurer du respect de l’environnement;

-Conscientiser le public sur les effets négatif du commerce international et promouvoir le commerce équitable;

-S’assurer que le producteur a des valeurs de solidarité et que ces bénéfices sont réinvestis dans des programmes d’éducation ou d’amélioration des structures de production;

-Veiller à ce que le producteur gère démocratiquement ses travailleurs;

-Créer des relations commerciales utilisant le dialogue, la transparence et le respect.

Historique
La première initiative de commerce équitable est née en Hollande, en 1988 : la Fondation Max Havelaar. Dans les années qui suivirent, ce commerce se développa un peu partout en Europe. C’est en 1994 que la première fondation de certification équitable apparut au Canada, la fondation Transfair. En 1997 se regroupent tous les organismes de certification équitable au sein du FLO-International.

En 2001, 300 petites coopératives de producteurs participaient aux programmes de commerce équitable, sur la planète. Au Québec, le commerce équitable débuta avec le Plan Nagua qui commercialisa le café équitable.  Grâce au Plan Nagua, La Brûlerie de Café de Québec fut le premier endroit au Québec à offrir du café équitable. À Montréal ce fut au Café Rico.

Comment savoir si c’est équitable ?
Café, thé, cacao et sucre équitables sont certifiés par Transfair Canada. Cet organisme de certification fait des visites régulières dans les plantations afin de vérifier que les normes de travail soient adéquates.

Avantages pour les producteurs
Le Café équitable ne représente actuellement qu’une petite part du marché mondial, mais permet déjà une augmentation notable du niveau de vie des populations concernées. Son commerce permet au producteur de disposer de 40% de revenus supplémentaires au commerce conventionnel. Certaines coopératives ont leurs médecins, des médicaments, améliorent leur alimentation et ont accès à l’éducation.

Le commerce équitable permet de réduire de façon considérable les intermédiaires entre le producteur et le consommateur, intermédiaires empochant la majeure partie des profits et ne laissant plus que des miettes pour le producteur. (Le marché traditionnel du café peut passer par une dizaine d’intermédiaires avant d’arriver à notre tasse, comparativement à 4 dans le marché équitable.)

Avantages pour les consommateurs
Le commerce équitable prendra une place de plus en plus importante dans nos habitudes de consommation, et ce à l’échelle mondiale. En Europe, des denrées périssables sont déjà disponibles de façon équitables, telle que la banane. Sont aussi offerts du couscous, jus, barres de fruits et noix et des confitures. Au Québec, il est maintenant possible de se procurer café, thé, cacao et sucre certifiés équitables. Des objets d’artisanat équitables sont également disponibles, bien que leur certification ne soit pas encore reconnue: nappes et serviettes brodées d’Inde, bijoux du Pérou, théières peintes à la main au Vietnam, écharpes en laine d’Algapa de Bolivie, djembés et percussions du Cameroun sont quelques exemples des produits artisanaux équitables qui nous sont actuellement proposés.

Acheter équitable permet de respecter l’environnement et les droits de l’homme. Le prix de vente des produits équitables ne dépasse rarement 10% des produits qui ne le sont pas. De plus, acheter équitable permet de boire un café ou un thé qui sont souvent sans pesticides et de se procurer des objets d’artisanat de qualité et en nous transmettant de l’information sur leur pays d’origine.

Où trouver des produits équitables ?
Les produits équitables sont offerts dans la plupart des magasins d’aliments naturels. Une liste détaillée de tous les vendeurs de produits équitables est disponible sur le site Internet d’Équiterre, ainsi que sur le site de TransFair.

L’organisme québécois MondÉquitable  commercialise des produits d’artisanat équitable, par son café boutique Dix mille villages à Montréal et à Pointe Claire. Il en est de même pour Carrefour Tiers-Monde grâce à sa boutique Équimonde à Québec. On retrouve actuellement 40 boutiques Dix mille villages au Canada et 50 aux Etats-Unis.

Sans but lucratif, ces merveilleuses petites boutiques offrent un commerce également équitable pour le client car le prix des articles ne sert qu’à couvrir les frais de leur projet. On y retrouve des objets originaux et de qualité. Sur ces objets se trouvent l’histoire de l’artisan qui l’a fabriqué et l’aide qu’a pu lui offrir le commerce équitable, telle qu’aider financièrement sa famille, ouvrir une clinique, etc.

Autres alternatives
À part le commerce équitable en voie de développement, il existe de nombreuses autres alternatives au commerce d’exploitation. Au Québec se développe peu à peu le marché écologique du chanvre. Le chanvre permet de confectionner du plastique (au lieu d’utiliser le pétrole, substance très polluante), de la papeterie, des textiles et des cosmétiques.

Consommer des produits régionaux est une excellente alternative car favorise le développement de l’agriculture québécoise, en concurrence avec les pays du Sud, imbattables puisque sous-payés. Se réunir avec quelques personnes de votre travail, de vos loisirs ou de votre famille pour former un groupe d’achat soucieux de la promotion de la justice sociale qui achète conjointement des produits de commerce équitable.

Un Noël équitable
Une grande diversité de produits équitables nous est actuellement offerte et chacun peut y trouver de petits cadeaux pour parents ou amis. Ces présents permettront à la fois de respecter les travailleurs du Sud et de faire connaître le commerce équitable à notre entourage. Sur ce, je vous souhaite un Joyeux Noël équitable et une Bonne Année de solidarité!!!
Bonnes adresses:

Boutique Équimonde:
365, boulevard Charest Est, Québec

Café Rico
www.caferico.qc.ca

Dix mille Villages:
www.villages.ca
www.thenthousandsvillages.com


Organismes faisant la promotion du commerce équitable :

Oxfam-Québec: www.oxfam.ca
Tranfair Canada: www.transfair.ca
CECI: www.ceci.ca
Équiterre: www.equiterre.qc.ca

Autres références et bibliographie: www.commercemonde.com

Sur le plancher des vaches et le sentier du café :
Laure Waridel/David Puchault.-Recto verso, no 276, janv.-févr. 1999, p.8-12

Le commerce equitable.
-Recto verso, no 289, mars-avril 2001, p.13-16

 

1: Serge Mongeau, La simplicité volontaire, plus que jamais, Éditions Écosociété Montréal, 1998, p.21

2: Hortense Michaud-Lalanne, Si les vrais coûts m’étaient comptés, Éditions Écosociété, Montréal, 1993, p.83.

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