Le village écologique de Pueblo Sacbe

par Benoit Lachapelle

Lassé de la ville et ayant envie d’air pur, j’ai cassé mon cochon et suis parti en direction de l’Amérique Latine, dans le but d’effectuer la visite de fermes et de villages écologiques par le biais du programme WWOOF pour un voyage de deux mois, en mars et avril 2004.

Je dois tout d’abord faire une parenthèse pour vous parler du programme WWOOF (Willing Workers On Organic Farms – voir Aube #11). Ce programme vous donne accès à une impressionnante liste de contacts un peu partout à travers le monde, surtout des fermes, mais aussi des fondations pour l’environnement, etc.

On fait soi-même les contacts (par e-mail) avec les organismes et on peut passer d’une place à l’autre sans problème, bien que certaines contraintes de temps s’appliquent parfois. En un mot: génial! Pour plus de renseignements, tapez WWOOF dans n’importe quel moteur de recherche.

Mon budget ayant subi une hémorragie inquiétante, je me suis rendu à mon premier lieu de séjour à Hidden Falls Farm au Belize. Bien que cela m’éloigne un peu de mon propos initial, qui est de vous parler du village écologique de Pueblo SacBe, je ne peux m’empêcher de prendre un instant pour vous décrire cet endroit.

Situé en pleine jungle à 25 milles de Dangriga, le village maya est d’une grande beauté. Avec ses paysages de montagnes, ses plantes grosses comme des arbres, ses insectes (beaucoup de brûlots !) plus grands que nature et ses habitants (noirs et mayas) super gentils, c’est un endroit où l’on a envie de rester. Sur la ferme elle-même, des fruits, des légumes encore et encore: ananas, oranges, cerises, molly apples, cheyotes, radis, et j’en passe. Je pensais rester deux semaines… finalement, j’ai passé presque deux mois à cet endroit, bien conscient de n’avoir vu qu’une fraction de ce que ce coin de pays avait à offrir.

Après ce séjour, qui passa somme toute très vite, je pris contact avec Jesus et Cloe, deux sympathiques animateurs du camp des wwoofers de Pueblo SacBe (voir www.PuebloSacBe.com) et me mis en route vers le Mexique, direction Playa del Carmen, Quintana Roo.

Je dois tout d’abord dire que l’endroit n’était pas du tout comme je l’avais imaginé. Je me figurais un endroit plutôt structuré avec de petites maison en rangées, l’électricité, l’eau courante, une salle communautaire éclairée aux néons, d’immenses serres et une vie bien organisée avec des tâches précises à effectuer.

En fait, c’est tout le contraire. Premièrement, le camp des wwoofers, situé un peu en retrait des autres habitations (les maisons sont à une distance de 50 à 200 pieds les unes des autres) peut apparaître délaissé à l’observateur profane, avec ses diverses installations construites artisanalement. Mais plus le temps passe, plus on apprécie la réalité de ses jardins en permaculture.

Côté discipline, c’est plutôt une ambiance du genre Rainbow (voir Aube #7 et #11): “If you feel like it, man, could you give us a hand for a moment …” de dire Jesus, si ça peut vous donner une idée…

Le centre du village est situé à 3 km de l’autoroute 307 qui relie Playa del Carmen à Cancun. Il y a sur place des stationnements pour les résidents et les visiteurs et on peut y apercevoir la plupart des 9 habitations qui regroupent les 35 habitants du village sur un territoire de 88 hectares.

La plupart de ces habitations sont construites selon la méthode traditionnelle avec des murs de ciment et un toit de paille: idéal pour ce genre de climat. La majorité sont équipées ou partagent des fours en terre, assez efficaces pour la cuisson des aliments, même si beaucoup de maisons bénéficient également du gaz propane pour la cuisson. Pour ce qui est de l’eau (d’arrosage et de lavage, les villageois doivent s’approvisionner à l’extérieur en eau de source pour l’eau potable), une éolienne sert de pompe pour quatre maisons et les autres doivent se servir de génératrices à essence. Trois maisons sont équipées de panneaux solaires.

Parmi les équipements collectifs, on peut aussi inclure le “filtre”, qui est en fait la “laveuse-douche” com-munautaire, composée d’une allée de pierre d’une vingtaine de pieds de long. Il y a aussi les cenotes (sept en tout!) dont un aménagé avec une avenue toute en pierre taillée. Un travail titanesque.

On trouve également le jardin communautaire installé présentement par les wwoofers. Construit à partir de la pierre poreuse locale, celui-ci est un mandala géant composé de sept cercles de deux mètres de diamètre à l’intérieur d’un plus grand cercle. Très beau!

Aussi, un cercle de guérison en voie de construction, un genre de jardin représentant les quatre éléments où l’on peut se ressourcer.

Soit dit en passant, si le Belize était la place des insectes et des plantes, à Pueblo SacBe, c’est la place des animaux. Sitôt débarqués, nous avons été accueillis par un gros chien husky (Assloum, un des cinq chiens du village) et un drôle d’oiseau, un chachalaca domestiqué puis remis en liberté. Il y a aussi des chèvres, un paon, des poules, des autruches, des chats, des lézards, etc.

Méditation
La principale activité du village est la permaculture et qui dit permaculture, dit COMPOST. Une bonne partie de nos énergies sert à créer ce fameux compost à partir de feuilles, de déchets alimenaires, de fumier de cheval, etc. Il existe également au camp des wwoofers, une “worm farm” (ferme de vers), où se fait un compost particulier à partir duquel on extrait un engrais puissant.

L’entretien des plantes occupe une bonne partie de nos activités. Qu’il s’agisse de les semer, de les arroser ou de les récolter. À long terme, l’endroit sera luxuriant, mais pour l’instant le camp des wwoofers n’est autosuffisant qu’à dix pour cent.

Une grande importance est par ailleurs attribuée à la récupération: le village récupère près de cent pour cent de ses déchets. Ceux-ci peuvent être réutilisés comme matériaux de construction, contenants, etc.

Le village est aussi un livre ouvert sur les techniques de construction artisanales. J’ai pu m’amuser à faire de la “ jungle carpentry”, de la menuiserie avec les matériaux du coin. Pas évident de poser une porte en bois dur avec des clous à ciment!

Arbre
Côté sociopolitique, le système décisionnel est plutôt informel. Le projet de Pueblo SacBe est au départ l’initiative de Tom Burton, un ex-investisseur bancaire convertit à l’écologie qui a acheté le terrain en 1998. C’est lui qui finance le camp des wwoofers, qui deviendra sa résidence dans un an.

Mais ce dernier ne possède pas de droit de veto particulier en ce qui a trait au développement du village. On peut dire qu’en règle générale, chacun fait ce qu’il veut sur son terrain (tout en respectant les autres bien sûr), et on se consulte pour les projets collectifs comme le jardin communautaire. La première réunion du village est prévue pour dans un mois. Il reste à voir comment évoluera la structure de décision dans l’avenir, car vivre en groupe nécessite une structure et plus le groupe est important, plus la structure risque d’être complexe.

Le village ne possède pas de ressource financière interne, la grande majorité des habitants travaillent à l’extérieur. La seule source de revenu du village est la pizza hebdomadaire du camp des wwoofers (25 pesos l’unité), qui est vendue sur place en guise d’autofinancement.

Voilà qui complète ce bref tour d’horizon de Pueblo SacBe, écovillage en devenir. Ce séjour fut pour moi riche en apprentissages de toutes sortes et il y aurait encore bien des choses à dire, mais mon conseil est le suivant: allez voir sur place! Soit en tant que wwoofer, soit en tant qu’investisseur potentiel. Le village est en effet ouvert aux nouveaux venus, quelle que soit leur nationalité (TILED PROPRETY). Pour en savoir plus, vous pouvez communiquer avec moi (benbeaulach@hotmail.com ou avec Tom Burton (tom@pueblosacbe.com)

En terminant, j’ai tellement aimé mon voyage que j’ai bien l’intention de récédiver l’an prochain. Direction PEACE FARM, Costa Rica!

A la proxima!

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