L’humanité: une seule grande famille

par Héloïse Picard

“Établir la paix à l’extérieur de soi et agir sur le monde nécessite en premier lieu d’agir sur soi et d’établir la paix en soi.”

Dalaï-Lama

 

“Considérant que la reconnaissance de la dignité inhérente à tous les membres de la famille humaine et de leurs droits égaux et inaliénables constitue le fondement de la liberté, de la justice et de la paix dans le monde.” 

Déclaration Universelle des Droits de l’Homme

Nous voici donc à l’ère du dépassement des frontières, le monde s’est globalisé. Grâce aux transports aériens, au multiculturalisme urbain, aux télécommunications, à l’informatisation et à l’internationalisation de l’économie, nous sommes à l’aube de voir apparaître, sur la scène socio-culturelle, une communauté mondiale munie d’un gouvernement planétaire. Cette évolution soudaine, sur le plan historique, tout en nous permettant une ouverture très avantageuse sur le monde que nous n’avions pas autrefois, nous impose de relever le défi d’établir des rapports pacifiques au sein de la grande famille humaine, afin de préserver l’ordre.

En politique internationale, pour que ce geste de fraternisation soit possible, il faut s’orienter par rapport à l’histoire des sociétés. Des années de séparations géographique et démographique ont su créer des cultures dont la différence génère des tensions parfois dures à apaiser. Aujourd’hui, sachant que les conflits entre pays sont souvent dus à une mauvaise compréhension et à une répartition inégale des richesses terrestres, nous devons générer un dialogue entre nations et faire cesser l’exploitation afin de promouvoir les échanges équitables d’import-export.

Il faut également que les différents États s’unifient sur le plan de la politique interne. Les pays démocratiques entretiennent des rapports pacifiques entre eux alors qu’ils sont plus facilement prêts à entrer en conflit armé contre des pays de régime non démocratique. Le diplomate Samy Cohen, directeur d’un ouvrage sur la diplomatie basé sur le déroulement de l’événement du 11 septembre 2001, dit à ce sujet que la communauté internationale se dirige vers la “paix démocratique”, mais qu’il va falloir changer les tactiques de propagandes politiques armées, car “la paix par la force fragilise la paix mondiale”.

Ainsi, ce n’est pas en faisant régner la paix par des moyens violents que nous arriverons à notre but. Préserver la dignité nationale et ne pas corrompre ses principes de pacifisme est plus avantageux et honorable sur le plan mondial que d’entrer dans le cercle vicieux de la violence et ce, depuis La Déclaration des Droits de l’Homme, table de loi fondée en 1948 qui stipule le droit inhérent à chaque être humain à la liberté et au respect. Il s’agit d’un terrain d’entente moral basé sur des valeurs communes pouvant servir de point de repère dans l’exercice d’une politique internationale et qui constitue un fondement majeur dans la conscience de notre interdépendance en tant qu’individus.

Les guerres de religion et d’éthique étant deux principaux agents de dissension sociale, il faut élaborer autant que possible des principes relatifs à tous dans l’identification du bien et du mal. Pour l’instant, les représentants des principes universels, l’autorité des Nations Unies, semblent peu en mesure de régir leur mandat face à l’enchaînement des épisodes armés qu’il y eut au Moyen Orient et en Israël depuis peu. Alors que cette organisation, qui compte avec elle Les Forces Armées du Canada et de plusieurs autres pays, est censée sanctionner les gouvernements désobéissant au règlement des Droits de la Personne, elle ne peut pourtant pas se compromette en utilisant la force physique pour faire respecter ces lois. C’est pourquoi la question se pose si nous devrions réformer les tactiques de l’ONU  pour réussir à internationaliser concrètement un code de références moral dans cet élan d’ouverture avec lequel le monde se globalise.

Si l’on aspire à une pacification des rapports mondiaux, on doit aussi viser l’élimination de l’arsenal nucléaire ainsi que le désarmement des États dont  l’arsenal conventionnel constitue une menace d’agression, dépassant largement leur besoin de défense propre. Pour l’instant un certain nombre de pressions ont été exercées accentuant l’intérêt pour une abolition en bonne et due forme de l’arme nucléaire. La formation d’une opinion publique transnationale visant à bannir les armes de destruction massive ainsi que la multiplication des ZEAN (zone exemptes d’armes nucléaires) partout à travers le monde ont contribué depuis quelques années à ce que l’objectif de sécurité mondiale se réalise. La Cour Internationale de Justice déclare officiellement, depuis juillet 1996, l’emploi des armes nucléaires contraire au droit international. L’influente commission Canberra explique le plan de dénucléarisation du monde qui se fera par une mise hors service des forces nucléaires en alerte, un retrait progressif des ogives, l’adoption d’une doctrine de “ non emploi ”, l’arrêt des essais nucléaires et de la fabrication de matières fossiles.

En attendant le désarmement mondial, une façon d’agir très concrète est de participer ou de seulement appuyer par un postulat non-engagé des organismes mandatés de la paix et du respect des droits d’égalité de l’individu. Il existe plusieurs organismes qui oeuvrent au niveau international, visant à réunifier la race humaine. Parmi eux, on compte plusieurs contribuables canadiens dont l’agence de développement international Canadien Développement et Paix, l’organisme d’aide humanitaire UNICEF, l’association pacifiste le Mouvement de la paix qui a pour objectif de lutter contre les guerres et de promouvoir une culture de la paix. Ces organisations, qui ont pour principale mission de venir en aide aux pays du tiers monde et de défendre les droits de la personne, notamment le droit à l’éducation et le droit au travail, offrent ainsi un exemple d’altruisme et de compassion à travers le monde.

Au Québec, il existe un organisme, directement engagé pour la paix et les valeurs de fraternité universelle, formé d’enseignants et d’enseignantes, qui prône une éducation précoce aux principes de justice et de résolution de conflits. Il s’agit de l’EIP, ou  l’École Instrument de Paix. On y retrouve des formations telles que l’éducation à la démocratie, la conception de la citoyenneté, la désobéissance civile, la déclaration universelle des droits de l’homme,  un recul critique par rapport aux médias tout en y lisant des auteurs tels que Gandhi, Hegel, Kant, Rousseau et autres partisans de l’égalité et de la paix sociale.

Le propos d’une des participantes de l’EIP, Veronica Leuprecht, étudiante en éducation à l’UQAM, résume bien le but de l’organisme: “Si l’on veut peu à peu changer le monde pour en faire un univers de paix, il est essentiel d’ouvrir les yeux et de sensibiliser les jeunes à la triste réalité des guerres et de l’histoire de l’humanité. Il est essentiel de cultiver le souvenir, afin que ces atrocités ne se reproduisent plus”. Le logo de l’École Instrument de Paix, symbolisant la Terre soutenue par un crayon à mine, exprime bien sa philosophie qui est « plus de crayons, pour moins de fusils ». Également, à Montréal, il est possible de trouver des activités, des concerts, des expositions et des sessions de création au Centre de Paix de Montréal www.centredepaix.org qui est un organisme se donnant comme mandat de la faire régner sur le plan de l’individu.

Il est grand temps de ré-harmoniser la Terre en faisant cesser la guerre qui nous réduit à une espèce cancéreuse qui se détruit elle-même. Quand nous saurons nous respecter entre frères, alors vraiment nous aurons atteint l’objectif de la dignité humaine. Pour l’instant, que fait un médecin lorsqu’il trouve un cancer? Il isole la partie cancéreuse afin de réduire le désastre. C’est pourquoi nous tentons de nous isoler les uns des autres, mais quand allons nous réaliser que nous faisons tous partie du problème? Faire la paix en commençant avec soi, puis avec ses proches et en devenant conscient des droits d’égalités de chacun est le premier pas à faire. Dans l’espoir que ces petits gestes touchent un jour notre voisin de l’autre côté de la planète et fassent réfléchir nos politiciens, il faut garder l’optimisme de croire que notre exemple rayonne…

 

Références:

Les Diplomates, Négocier dans un monde chaotique par Cohen, Samy, Éditions Autrement, 2002

La guerre et la paix, Approches contemporaines de la sécurité et de la stratégie par David, Charles Philippe, Presse de la Fond. Nationale des Sciences Politiques, 2000

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