Mon laboratoire de travail de groupe

par Philippe Laramée

Aspirant à la vie en communauté, au travail collectif et à des aspirations de groupe, voici les notions de base que vous devez connaître avant de vous lancer dans tout type de travail en petit groupe. Cette expérience, j’ai été la chercher lors d’un cours intitulé Laboratoire d’initiation au travail de petit groupe donné à l’UQAM. Ce cours pratique est échelonné sur trois fins de semaine intensives. La professeure, mettant surtout l’accent sur l’expérience acquise tout au long de notre formation, a divisé la classe en quatre sous-groupes de six personnes. Comme le titre du cours l’indique, ce laboratoire est donné pour nous faire vivre des situations de travail d’équipe.

Dès les premiers instants de notre coopération, quelques problèmes sont survenus sur la façon de procéder pour réaliser les exercices demandés. Tout au long de notre expérience, nous sommes allé chercher quelques clés auprès de notre professeure pour nous aider à traverser quelques situations de consensus et de résolution de conflit.

Ce fut donc très intéressant de constater que les défis vécus tout au long de l’année passée à travailler sur le projet d’écovillage avec mes collaborateurs se sont manifestés dès les premiers instants de notre participation au sein du sous- groupe fraîchement constitué. Ce qui m’a confirmé que les difficultés rencontrées était inhérentes et normales dans l’évolution d’un groupe. Voici donc les grands thèmes que nous avons abordés tout au long de cette fin de semaine.

La cible commune
Lorsque plusieurs personnes sont ensemble dans un but précis, soit l’accomplissement d’une tâche, il y a formation d’un groupe d’intérêt. Lorsque plusieurs personnes se rassemblent sans partager le même objectif, on peut appeller cela un rassemblement de personnes ou un regroupement, mais on ne peut employer le terme de groupe. Le partage d’une cible commune est primordial dans la réalisation d’un objectif. Si la cible est floue ou mal définie, le groupe se retrouve mal orienté, il se cherche une identité et une cause pour mener à bien ses desseins. Il y a donc ceux qui adhèrent à la cible commune et ceux qui n’y adhèrent pas, ce qui distingue les membres des non-membres.

La naissance d’un groupe tient du fait de la clarification de cette cible commune et d’un désir qu’ont les participants d’interagir pour son accomplissement. Lorsque les membres ne se sentent pas suffisamment appelés par les objectifs, si la cible ne satisfait pas tous les participants, ou s’il y a un désintéressement vis-à-vis de cette cible, on a affaire à un groupe mort-né.

Il faut que chaque personne trouve sa motivation personnelle et justifie l’énergie que requiert l’investissement dans l’accomplissement de cet objectif. Il faut aussi que la cible soit essentielle à la mobilisation des membres du groupe de travail, chaque personne étant portée à se positionner dans le groupe et à accomplir une tâche spécifique.

Le groupe: une entité vivante
Le groupe est une totalité dynamique, un organisme vivant dans le sens où il y a relation entre ses membres et la cible. La relation entre les participants et le rôle qu’occupe chaque personne dans le groupe sont autant de parties d’un organisme qui interagissent entre elles pour accomplir ce pour quoi il a été créé. Il y a certaines normes qui délimitent l’appartenance au groupe et son évolution vers l’accomplissement de ses objectifs.

Le groupe, tout comme une entité vivante, naît, généralement accompagné d’une courte période d’euphorie, traverse une période de croissance, atteint sa maturité et meurt finalement lorsque la cible est atteinte.

Trois notions sont importantes lors de la naissance d’un petit groupe. Il s’agit premièrement de l’ancrage: c’est le moment où chacun s’évalue intérieurement. Vient ensuite la prise de contact avec les autres membres du groupe, puis le contratqui détermine les règles du jeu et les bases de la collaboration. Chacun de ces aspects est très important dans le développement et dans l’épanouissement d’un groupe.

Les trois types d’énergies
Un groupe est composé de trois types d’énergies qui sont autant importants dans l’atteinte du but recherché. Il s’agit de l’énergie de production quipermet aux individus composant un groupe de travailler à la réalisation du travail et de l’exécution de la tâche à accomplir. C’est le besoin de créer. Il y a aussi l’énergie de solidarité qui est la transformation de l’énergie affective de chaque membre du groupe en énergie de coopération. Elle est caractéristique de la relation émotionnelle que peuvent partager les participants. C’est le besoin d’aimer et d’être aimé. Il y a, en dernier lieu, l’énergie d’entretien qui permet de faire la gestion des conflits qui surviennent au sein d’un groupe.

La perception et la communication
La perception que chacun a d’une situation est primordiale. C’est à partir du champ perceptif de chacun que seront influencés les premiers balbutiements relationnels des personnes qui formeront un groupe d’intérêt.

Si le champ perceptif de chacun des membres d’un groupe se retrouve en état de conflit, (ce qui inclut les émotions, les sentiments, la pensée, l’intelligence, la volonté, les expériences passées, le vocabulaire utilisé, etc…), il risque fort de compromettre l’existence même de la naissance d’un groupe, plus particulièrement un groupe où les participants ne se connaissent pas. Il est très important de valider sa perception avec celle des autres. Par exemple, prendre en considération la perception de chacun sur la définition de la cible.

La communication est un ensemble systémique qui comprend plusieurs facteurs. La communication inclut les références culturelles et idéologiques des personnes qui vont interagir dans le groupe. Il faut aussi prendre en considération les valeurs, les croyances et les opinions car tous ces facteurs vont influencer la bonne communication entre les participants. La communication est un partage, elle est essentielle à tout individu.

« Entre ce que je pense, ce que je veux dire, ce que je crois dire, ce que je dis, ce que vous voulez entendre, ce que vous entendez, ce que vous croyez en comprendre, ce que vous voulez comprendre et ce que vous comprenez, il y a au moins neuf possibilités de ne pas se comprendre. »

La maturité d’un groupe
Lorsqu’un groupe devient mature et qu’il traverse plusieurs phases de gestion de conflits, il acquiert cette maturité qui lui permet de triompher des obstacles inhérents à la réalisation d’une cible commune. Un groupe mature n’est pas un groupe sans conflits, c’est un groupe qui sait les gérer et y faire face. C’est aussi un groupe capable d’arriver à un consensus. L’harmonie d’un groupe n’est pas nécessairement synonyme de maturité.

La compréhension des processus de fonctionnement de l’énergie de production, de solidarité et d’entretien permet au groupe de comprendre les processus internes de sa dynamique et permet de déjouer certains pièges normaux à son évolution.

Lors de l’arrivée d’une nouvelle personne, ou lors de la formation d’un nouveau groupe, la prise de contact avec cette nouvelle réalité est très importante pour créer le sentiment d’appartenance de cette nouvelle personne au collectif.

Conclusion
Le travail de petit groupe n’est pas inné, cela prend des bases, des connaissances et de la volonté pour y arriver. Ce cours nous permet de vivre concrètement des situations auxquelles font face tous les gens vivant des expériences de groupe. Ce fut une première fin de semaine de cours intense, mais très enrichissante. J’anticipe la prochaine avec beaucoup de confiance et une nouvelle maturité. Je sens que ça solidifie déjà les relations que j’ai avec mes différents collaborateurs.

 

Références: 
SAINT-ARNAUD, Yves, Les petits groupes. Participation et communication, Les presses de l’Université de Montréal, 1978.

A propos Philippe Laramée

Éditeur de Aube

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