Petits bonheurs d’automne… ou l’art de savourer l’instant

par Julie Bouchard

Montréal, 8h45, lendemain de l’Action de Grâces. J’enfourche mon vélo, c’est doux, le soleil est radieux et étonnamment chaud pour cette période de l’année. Le métro attendra. Je profite de ces derniers instants de pure adrénaline que me procure ma bécane. La piste cyclable est tapissée de feuilles mortes. Étrange qu’elles soient si belles, si colorées alors que la vie s’en est retirée. Comme quand j’étais enfant, j’y roule et m’enivre du parfum qu’elles exhalent pendant qu’elles craquent sous mes roues. Ça me rappelle les balades en forêt, les croustades aux pommes de ma mère, les citrouilles, les feux de feuilles dans la cour. J’adore l’automne.

Ce matin, le parc Lafontaine est magnifique. Je fais des coucous aux écureuils. Un rayon de soleil caresse mon visage. Encore un p’tit bonheur qui passe… Et voilà que mon cœur se gonfle de la joie de vivre consciemment cet instant, et que tous mes soucis en sont réduits à néant. Rien d’autre n’existe que ce que je vis à cet instant précis. J’en ressens un profond sentiment de bien-être, de paix, de compréhension aussi : le bonheur est ici, maintenant. Inutile de le chercher ailleurs.

Si vous habitez Montréal et que vous étiez debout à sept heures ce matin, vous avez certainement été témoin de la brume qui enveloppait la ville. Je suis sortie sur mon balcon, émerveillée, m’imprégnant de son silence et de son aura de mystère. Ça aussi, c’était un p’tit bonheur, un moment à savourer. Avez-vous pris le temps de vous arrêter, de vous gaver de sa beauté?

Si le bonheur que l’on cherche tant se trouve dans le moment présent, nous devons apprendre à nous arrêter pour l’accueillir et le savourer. Nous croyons souvent à tort que nous manquons de temps… Mais toutes les activités qui noircissent les pages de notre agenda, sont-elles vraiment nécessaires? En retirons-nous seulement une vague satisfaction, une impression de devoir accompli, ou nous procurent-elles réellement un sentiment de bonheur?

J’ai connu la sensation étouffante du temps qui file à vive allure, embourbée dans des responsabilités inutilement inventées. Prise dans le tourbillon des invitations acceptées d’emblée par peur de dire non, des événements qu’on ne doit supposément pas manquer, qui nous servent finalement à nous fabriquer des souvenirs. On dit oui à tout ce qui nous est offert sans réfléchir à nos véritables désirs. S’occuper… pour oublier, pour taire l’angoisse de la solitude, effrayés de se retrouver seul avec soi-même.

Aujourd’hui, je recherche avidement chaque instant d’oisiveté. Paresse est pour moi sagesse. J’adore être assise en silence, à ne rien faire, sinon laisser un rayon de soleil me caresser le bout du nez. J’aspire à travailler moins, afin d’avoir plus de temps à consacrer à ce qui est vraiment important à mes yeux, à ce qui fait vibrer mon âme, à ces petits bonheurs qui font partie de ma réalité.

Et à ces étincelles de joie qui surgissent uniquement dans le ici, maintenant… Pour peu que nous puissions nous arrêter pour les savourer pleinement.

Les commentaires sont clos.