Pour une écologie relationnelle…

par Caroline Giguère

“Un communiquant est surtout un passeur de liberté, de rires et de larmes, un transmetteur d’émotions. Un communiquant est aussi, à sa façon, un agent de changement pour un monde meilleur. Un communiquant n’a pas besoin d’autre chose que d’entrer dans le cœur d’un autre communiquant. C’est le plus bel endroit pour vivre une relation.”

Jacques Salomé

L’écologie se définit par la relation des êtres vivants entre eux et avec leur milieu. On étudie beaucoup les rapports entre l’homme et son milieu ou le lien entre les animaux et leur milieu.  Cependant, on ne doit pas oublier que les êtres humains vivent aussi des relations et que l’équilibre écologique entre eux est primordial. Cet écosystème humain se nomme l’écologie relationnelle. Elle est un aspect important dans la construction d’un écovillage car les gens qui le cohabiteront auront besoin d’une cohésion sociale pour développer des projets communs et pour promouvoir les mêmes valeurs.

Jacques Salomé, auteur, psychologue-philosophe, jardinier des relations humaines (!) s’est intéressé à la vie relationnelle des gens. Il s’est rendu compte que certaines attitudes peuvent entraver ou favoriser une relation entre deux personnes. Il croit qu’il existe des moyens pour communiquer autrement. Selon lui, la communication authentique peut être enseignée et elle peut aider à bâtir des relations solides et positives.

La communication sert à établir des liens entre les êtres humains. Idéalement, elle devrait permettre à chacun de partager son vécu, ses émotions et ses connaissances afin de faciliter le développement et l’expression du potentiel de tous. Les relations de couple, la communication parents-enfants et avec la famille, les échanges entre collègues de travail, entre amis et avec les gens que nous côtoyons dans notre vie quotidienne sont souvent chargés de malentendus, de malaises, de reproches et de violences.

Le système SAPPE
Le système SAPPE se résume ainsi : Sourd, Aveugle, Pervers, Pernicieux et Energivore. Les mauvaises habitudes de communication se pratiquent inconsciemment mais elles causent beaucoup de dégâts dans nos relations. On pense par exemple, à l’injonction qui consiste à dicter aux autres ce qu’ils doivent faire: “Tu dois faire attention à ta soeur, c’est toi qui dois donner l’exemple !”  Il y a aussi les messages de dévalorisation qui découragent l’interlocuteur, assailli de reproches: “ Tu fais toujours les choses sans minutie. Je ne peux pas te faire confiance !” Les menaces, qui deviennent des ultimatums et qui servent à manipuler l’autre par ses émotions: “Appelle-moi souvent sinon je croirai que tu ne m’apprécies plus.”

La culpabilisation, qui veut influencer l’autre en le rendant coupable: “Tu me fais vraiment de la peine de ne pas venir me voir, moi qui pensais que nous étions amis.” Ces attitudes installent entre les gens des rapports dominants-dominés où un individu cherche à prendre pouvoir sur un autre.

En se laissant ainsi définir par les autres, la confiance personnelle est difficile à préserver. On répond alors aux besoins des autres sans réfléchir à ce que l’on veut vraiment et on cherche à établir aussi des relations où nous serons le dominant pour aller retrouver l’énergie qui a été prise. Ce système entraîne les gens dans une chaîne relationnelle où chaque personne qui se fait assaillir par un dominant, relâche ensuite sa frustration sur quelqu’un d’autre.

La méthode ESPERE
Pour sortir de ce cercle infernal, il est important de devenir conscient de ce qui se passe dans nos relations et être capable de s’affirmer par rapport aux frustrations vécues. Au lieu de se soumettre ou d’imposer ses idées à l’autre, il s’agit plutôt de confronter et de partager pacifiquement son point de vue.  La confrontation est basée sur la capacité à se définir non pas contre, mais face à l’autre. Elle n’est pas un affrontement. Elle ne vise ni à affaiblir, ni à diminuer, ni à disqualifier ou à dominer l’autre. La relation est basée sur l’égalité, le respect, la confiance et l’ouverture.

La méthode ESPERE : Énergie Spécifique Pour Une Écologie Relationnelle Spécifique, propose des règles d’hygiène relationnelle qui permettent de s’engager dans un processus de changement dans notre façon de vivre nos relations avec les autres.

Premièrement, il ne faut pas oublier qu’on parle à l’autre et non sur l’autre. En essayant de le comprendre en lui posant des questions, on évite ainsi de le juger et d’interpréter ses propos. Au lieu d’anticiper ce que l’autre va dire, on s’ouvre à la discussion et on invite chacun à partager son point de vue.

Dans l’autre sens, on empêche aussi une personne d’interpréter notre discours et de parler sur nous. C’est en connaissant bien nos valeurs que nous pouvons affirmer nos idées aux autres.  Il est donc important que chaque être prenne en charge le développement de son identité en prenant conscience de ses forces et de ses faiblesses. Ce n’est pas chose facile que de confronter nos idées car on prend alors le risque de se différencier mais c’est ce qui conduit à l’épanouissement complet de sa personnalité et de ses relations avec les autres. La communication devient alors un moyen privilégié pour grandir et évoluer.

De plus, les messages émis sont toujours porteurs de sens qui doivent être déchiffrés par les communiquants. Les messages positifs apportent de l’énergie, de l’amour et de la vivance. Une relation saine nourrit et vivifie.

Deuxièmement, la façon de demander, de recevoir, de donner et refuser est importante.  Le partage de ses émotions amène aussi l’interlocuteur à comprendre ce qui est ressenti par l’autre. Il s’agit donc de ne pas confondre la personne et ce qu’elle dit. On essaie de se mettre à sa place et comprendre les émotions qu’elle vit pour se situer face à son discours.

Cette démarche de changement peut être longue et difficile mais si toute la société travaille dans ce même sens, nous pourrons vivre dans un milieu sain et ouvert où chacun aura sa place et son droit de parole. Jacques Salomé propose des outils et des règles d’hygiène relationnelle très pertinents qui pourront rendre nos communications non violentes, plus créatives et plus vivantes. Le défi est de parvenir à devenir co-auteur de notre vie pour devenir un meilleur compagnon pour soi-même et pour autrui.

“Je sais qu’un peu partout dans le monde, tout le monde s’entretue, c’est pas gai, mais d’autres s’entrevivent, j’irai les retrouver.”

Jacques Prévert

 

Références: 

Jacques Salomé a écrit une quarantaine de livres, disponibles en librairie. Il donne aussi des conférences et il a fondé un institut en France pour transmettre ses idées. Je vous suggère de lire Heureux qui communique publié aux éditions Albin Michel.

Site officiel de Jacques Salomé: www.j-salome.com

Intervenantes québécoises :
FORTIN Janine : www.acrq-janinefortin.com
GEFFROY Dominique : www.oser-com.com

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