Que l’inspiration mène à l’action !

par Michel Desgagnés

Quand Marie-Michelle Poisson des Éditions Écosociété m’a demandé, en décembre 2003, de participer à l’écriture d’un livre qui parlerait du cohabitat, je sentais que quelque chose de différent se préparait. J’ai su que j’aurais éventuellement un rôle à jouer pour l’avenir de l’habitation au Québec.

Malgré que j’aie visité plus de 40 communautés écologiques en 2003 dans le cadre d’un périple de plus de 25 000 km sur la route des écovillages d’Amérique du Nord, j’étais à des années-lumière d’avoir les connaissances et l’expérience pour me lancer dans cette aventure. À l’hiver 2004, nous nous sommes rencontrés à plusieurs reprises pour discuter de cohabitat et de la réalisation d’un ouvrage en français. Après quelques mois, il était évident que nous n’étions pas en mesure de débuter quelque rédaction de livre que ce soit. Pourtant, je ne pouvais me résoudre à laisser tomber. Il y avait un livre qui me trottait dans l’esprit depuis un certain temps et c’était Creating a Life Together: Practical Tools to Grow Ecovillages and Intentional Communities, venant tout juste d’être publié en anglais.

Mes expériences en démarrage d’entreprises et en sciences ainsi que ma tournée des communautés écologiques m’ont permis de comprendre deux choses importantes. La première est que redéfinir notre mode d’habitation dans la société d’aujourd’hui implique un exploit technique de type démarrage d’entreprise. Ça ne peut plus être simplement l’achat et l’occupation d’une terre avec trois ou quatre amis comme dans les années 1970. La réglementation et les quantités importantes d’étapes pour y arriver sont énormes de nos jours, sans compter les coûts élevés. Deuxièmement, dans un monde de performance et de « prêt à consommer », il faut prouver que les avantages et bénéfices de vivre autrement sont substantiels, car plusieurs abandonnent au premier tour. Après mûre réflexion, j’en suis venu à la conclusion que ce merveilleux défi ne pouvait être relevé qu’avec plus d’information. Pourquoi et comment les gens changeraient-ils aujourd’hui notre modèle d’habitation nord-américain si confortable et si bien organisé? Pourquoi choisiraient-ils de s’investir corps et âme durant des années pour bâtir un nouveau style d’habitation?

À la fin de mon voyage, ma conjointe et moi avions décidé que la vie en communauté intentionnelle serait notre mode d’habitation future. Même si les projets anglophones nous intéressaient beaucoup, nous voulions demeurer près de nos racines. Il n’y avait rien du genre dans la ville de Québec. Je savais que de bons livres sur le cohousing existaient en anglais et donnaient de bons moyens pour mettre en marche de tels projets, mais il leur manquait quelque chose. J’avais besoin de comprendre ce que cela impliquait vraiment, sur le plan humain. J’avais besoin de voir de vrais exemples de ce qui fonctionne et ne fonctionne pas. La lecture de Creating a Life Together a eu l’effet d’une révélation sur moi. Tout devenait possible à partir de ce moment. Maintenant bien préparé et informé, je savais que j’avais entre les mains la clé. Je savais que créer une communauté au Québec ne se ferait pas sans de solides connaissances. Et il était clair qu’il y avait un manque de documents en français et qu’il fallait faire quelque chose pour remédier à la situation.

Ma rencontre avec l’auteure Diana Leafe Christian au printemps 2003 à Earthaven Ecovillage en Caroline du Nord, a été une révélation. J’étais curieux devant le chantier de cette maison écologique qui se construisait sous mes yeux. Chacun avait une tâche qui semblait essentielle à l’avancement des travaux. Elle était là, un peu comme un chien dans un jeu de quilles à essayer de se rendre utile. Mais manifestement, elle aurait préféré me parler que de s’affairer à peindre ces lattes de bois. Avait-elle un message à me communiquer? Visiblement épuisée et malgré cela, elle semblait extrêmement intriguée par l’aventure de ma visite de plus de 40 écovillages. Nous avons discuté de mon expérience comme si je pouvais lui apprendre quelque chose de nouveau. Mais après quelques minutes de discussion, j’ai compris avec une grande simplicité et beaucoup d’humilité que je venais de rencontrer une icône du mouvement mondial des écovillages et que c’est moi qui en apprendrais beaucoup. Cette femme avait cherché durant des années un ouvrage traitant du démarrage d’une communauté intentionnelle. Et manifestement, son choix de communauté avait été Earthaven et elle construisait son rêve de maison écologique dans une communauté florissante. Elle m’avait expliqué qu’au lieu d’attendre que ce genre de livre existe, elle avait compris qu’il était temps pour elle de l’écrire. Cette discussion m’avait profondément inspiré.

La solution de faire traduire son livre en français me parut tout indiquée. À ce moment, sachant combien son contenu était important pour bien démarrer un projet et sachant qu’il peut se passer plus de 5 à 10 ans avant de voir émerger des communautés viables, je devais trouver un moyen pour qu’il soit traduit assez rapidement. Il n’y avait plus de temps à perdre. J’ai donc choisi de piger dans mes économies personnelles et de faire traduire le livre, sans même savoir, je l’avoue, si j’allais être en mesure d’obtenir les droits. J’ai quand même informé l’auteure et la maison d’édition de mon intention. Si je pouvais faire profiter au plus grand nombre possible de « créatifs culturels francophones » le contenu de ce livre, un mouvement appuyé de bons outils pouvait peut-être émerger. Cet ouvrage permettrait peut-être d’augmenter les chances de plusieurs fondateurs de collaborer avec des gens qui sont conscients et mieux informés. L’idée était d’éviter de réinventer la roue et de commencer à travailler le plus rapidement possible avec des gens déterminés et possédant les ressources émotionnelles, financières et techniques pour réussir.

Il a fallu un an et demi pour terminer la traduction. Un jour, lors de conférences que je donnais au sujet de notre tournée des écovillages, je parlais de ce livre et de l’importance d’en prendre connaissance avant de débuter l’aventure. Selon l’auteure, plus de 9 groupes sur 10 n’arrivent pas à réaliser leur rêve de créer un meilleur milieu de vie. Souvent, ils croient détenir les solutions et les moyens pour améliorer notre société et, malheureusement, après quelques épreuves humaines, financières et légales, ils abandonnent, car ils ont fait les mêmes erreurs que leurs prédécesseurs. À la fin d’une conférence, une femme formidable est venue me parler et m’a offert de traduire ce livre. Sylvie Fortier est traductrice de métier. Durant dix-huit mois, entre ses contrats, j’ai reçu ses courriels, dans lesquels elle me parlait un peu d’elle. Il y avait presque toujours un chapitre traduit joint au courriel. En plus d’avoir appris à connaître cette femme formidable, je réalisais combien elle était généreuse et qu’elle croyait aussi à un monde meilleur. Et cette traduction avait été sa façon de le démontrer. Je lui en suis très reconnaissant maintenant. De fil en aiguille, en juin 2005, j’avais reçu tous les chapitres.

À l’automne 2004, ma conjointe et moi et un couple d’amis avons décidé de démarrer le premier projet de cohousing à Québec. Depuis, la lecture de ce livre est devenue une condition préalable pour toute personne qui désire se joindre à notre aventure. Notre projet se nomme Cohabitat Québec et nous emménagerons en 2008 si tout va bien. Depuis quelques années, plusieurs personnes au Québec ont posé des gestes concrets pour démarrer des projets d’écovillages. Par manque d’organisation structurée, d’argent ou de volonté commune, les chiffres exacts du nombre d’écovillages existants ou en projet au Québec ne sont pas réellement connus. Cependant, en navigant sur Internet, il est possible de dénombrer environ une dizaine de projets en cours. Par contre, leurs initiatives permettent de conscientiser et d’inspirer un plus grand nombre de citoyens, qui passent actuellement à l’action. Malheureusement, leur rêve ne se réalise pas aussi rapidement qu’ils l’auraient souhaité. Les mois passent, même les années, et ils n’en sont souvent encore qu’aux balbutiements. Se pourrait-il qu’il leur manque seulement quelques outils et plus de connaissances? Ce livre est une vraie « carte routière » pour aider ces créateurs à mener leur communauté jusqu’à destination. J’espère que cette connaissance se retrouvera entre les mains des bâtisseurs, car la planète ne pourra supporter encore très longtemps notre manque de respect à son égard.

Grâce à cet ouvrage, Diana L. Christian place à vos côtés des dizaines de fondateurs de communautés qui ont réussi. Ils sont là pour vous appuyer et vous conseiller dans la mise en œuvre de votre rêve de créer un monde meilleur pour nos enfants et notre belle planète. Bonne lecture!

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