Transports de surface et locomotion écologique

par Guy Wera

Dans la formation d’un village intentionnellement écologique, le transport s’avère un enjeu crucial. Depuis plusieurs décennies, nous disposons d’une gamme toujours grandissante de moteurs ou robots qui nous trimballent, sans grand effort physique de notre part. L’écrasante majorité de ces robots entraînent des besoins et des effets secondaires énormes. En plus de drainer une énergie non renouvelable, ils consument goulûment les réserves planétaires et menacent la vie humaine.

Il est donc sérieusement vital d’adopter dès aujourd’hui les alternatives connues qui ne dilapident pas (ou moins) les ressources non renouvelables et de mettre en place des mécanismes de type « garde-fou » restreignant évolutivement les individus, des très nantis aux moins munis, de saper l’énergie épuisable de Gaïa sans la consultation d’une opinion publique avertie. Il semble donc essentiel de réévaluer tout ça ainsi que la majorité des technologies lourdes amenées par l’ère industrielle et faire la place à l’invention de nouveaux modes de déplacement aussi efficaces et confortables que possible.

Énergie: Nous disposons encore de beaucoup d‘énergie fossile planétaire de Gaïa, mais ce recours comporte néanmoins des retombées très toxiques. Le pétrole et le gaz sont déjà presque tout brûlés, alors on peut déjà tourner cette page. L’électricité est une énergie très pratique et versatile, mais elle procure quand même son lot d’effets secondaires à considérer. Les énergies éoliennes promettent un développement futur certain, mais l’énergie solaire, dans sa forme indirecte dite active, demeure très complexe d’application et jusqu’ici inadéquate à nourrir les robots transporteurs. L’hydroélectrique entraîne trop d’impacts sur les cours d’eau, la flore et la faune avoisinantes. L’hydrogène, énergie lourde et dangereuse, n’apparaît d’une utilité que très limitée. Quant à l’énergie nucléaire, je crois qu’on devrait tous avoir cerné ce problème-là…

Par ailleurs, l’énergie par la gravité a beaucoup d’applications mais est sous utilisée. L’énergie humaine à pied et à pédale offre beaucoup de fonctions et de résultats positifs sur Gaïa.

La marche: On a tendance à la passer sous silence, car la grosse majorité des gens marchent. Les gens utilisant les transports publics marchent beaucoup plus. Dans certains pays, les trottoirs restent à la même hauteur et les voies pour véhicules motorisés passent au-dessus des piétons. À Groningen en Hollande, les automobiles sont forcées de contourner la ville; mais les piétons peuvent aller en ligne très directe vers n’importe quel point de la ville. Dans beaucoup de villes, surtout en Europe, les rues avec magasins sont sans trafic automobile et les livraisons s’effectuent très tôt le matin. Certaines écoles encouragent les enfants à marcher pour se rendre à leurs classes. Au Mont Radar, l’accès aux VTT quatre roues est découragé et nous aménageons des sentiers pour aller en haut de la montagne. Le Campement de la jeunesse a décidé de stationner les voitures a l’entrée du site.

Le vélo: Le vélo est un mode de locomotion qui demeure toujours, depuis cent ans, en quasi stagnation. Maintenant que Gaïa se réchauffe et que les signes d’un besoin de changement sont de plus en plus clairs, le vélo gagne beaucoup en popularité. Le Québec a pris les devants avec le Réseau Vert qui fut initié en 1992 à la conférence Vélo Mondial à Montréal. L’Europe et le Canada ont eu l’initiative des sentiers transcanadien et transeurope. Par contre, la Chine détruit son réseau vélo pour faire place aux « totos ».

Dans le futur, le vélo partagerait idéalement les mêmes rails que les trains. Des trains à pédales pourraient bien remplacer les anciens trams électriques. On peut prévoir des vélos-routes directes pour traverser les villes à longueur d’année. À Amsterdam, il y a déjà deux vélobus scolaires. Au Danemark, on a construit un élévateur pour vélos. À la Havane, Amsterdam, Vancouver et bien d’autres villes, on trouve des traversiers pour cyclistes. Au Mont Radar, il y a une initiative vélo qui prend de l’envergure. Les futurs campements de la jeunesse comporteront fort probablement des caravanes de cyclistes pour réduire le nombre de totos utilisées.

Reste encore la possibilité d’utiliser le vélo pour donner plus de force et de flexibilité aux manifs du futur. Les écoles commencent déjà à inclure, dans leurs journées classes vertes, des randonnées à vélo. Les centres éducatifs aménagent de la place pour les réparations de vélos, comme Right to Move, à Concordia, et Bike Kitchen, à l’Université de Colombie-Britannique. Les centres de réparations communautaires sont de plus en plus populaires. En Hollande, un cours sur le vélo, son entretien et la façon de se conduire avec les autres utilisateurs de la route fait partie des cours essentiels.

Toto: Eh bien oui, elle est là et on l’aime toujours trop. Elle nous contrôle, il faut la mater avant qu’elle ne nous liquide carrément. Qu’est ce qu’on peut faire avec ce monstre adorable et si innocent d’apparence ? Après tout, on l’a créée nous-mêmes, n’est ce pas ? Pour ma part, elle m’a été imposée et j’aimerais faire autrement que de combler ses mille et un caprices. Quoi faire ?

À Sillery, en banlieue de Québec, la vitesse automobile a été réduite à 30 km/hr sur toutes les rues résidentielles. Ce qui en résulte ? Une réduction radicale du trafic.

Pour le Campement de la jeunesse, le covoiturage a servi pour la quasi-totalité des allers et retours au camp, tandis que l’auto stop a bien fonctionné pour d’autres.

Un bon pas serait d’installer un support à vélo sur chacune des totos.

Les besoins ruraux demeurent fort différents des besoins urbains !

En conclusion, il s’agit de vivre notre vie pleinement, sans avoir un pied trop lourd pour la santé de la planète, ou vaisseau spatial Gaïa. Le vélo, la marche, les éoliennes, la consommation locale et en saison, la gravité, les machines à pédales ou à l’énergie humaine, les petites cultures ou jardins de famille sont des exemples populaires de solutions simples et souvent plaisantes de mener la plupart de nos activité de tous les jours. Le réseau de pistes cyclables de la Route Verte nous offre une belle occasion d’essayer de vivre sans la voiture pendant les vacances d’été. Dans toutes les grandes villes, bien des gens continuent courageusement à faire du vélo l’hiver. Les changements s’amènent encore beaucoup trop lentement, bien sûr, mais je crois que nous saurons changer plus vite lorsque Gaïa nous l’indiquera plus fermement.

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