Très tôt à l’aube

par Micheline Bédard

Comment vous partager cette belle joie du matin 6 avril 2002 ? Réveil à 4:00. Lire Steiner et sa philosophie de la liberté; puis, par ce froid, qui fait craquer les arbres, je m’élance sur la croûte crissante avec mon chien Pamo, fidèle compagnon. Il ne fait plus tout à fait nuit, il ne fait pas encore tout à fait jour. La forêt sommeille encore, blafarde. Les courtisans du grand  prince me pressent, le spectacle va bientôt commencer et je ne suis pas encore à mon balcon.

Alors je cours, escalade et galope jusqu’au sommet. L’air froid me fend les poumons, mais ce nettoyage me fera du bien. Pamo, lui, couche dehors, il est en pleine forme. Le tipi me reçoit encore dans l’ombre.

De ma place préférée, celle que je veux pour moi après la vie, j’attends en bon spectateur le début de la cérémonie.

Pendant que la lune, encore presque de moitié, veille, encadrée dans les branches sombres du bouleau à ma droite, le ciel bleu-rosé, lui, se repose. La barre colorée du jour et l’étendue sans nuage laisse présager un superbe lever de soleil.

Et puis, subtilement et si légèrement, une brise! une effluve! une onde! monte de l’horizon vers moi.

Quelle est cette haleine ? Ah, tiens! C’est parti.

Tout est si calme et si glacé. Voilà que ça revient !

Est-ce le ruisseau en bas qui fait des vagues ou bien une auto qui passe ? Qui me cherche ? Pense… l’univers entier est avec toi. Quel est donc ce flou de zéphyr qui expire sans faire bouger les branches, comme si la lumière montait par respirations tièdes ? Insidieusement, le ciel se colore de brillance.

Aissa l’avait dit : le soleil vrille, il souffle la lumière et frissonne de chaleur.

Le  grand rideau vient de s’ouvrir.

Du haut de ma colline, je surplombe le paysage et tout me paraît offert sur un plateau d’or. Les premiers acteurs,  minuscules silhouettes noires s’offrent en prémices. Elles croassent joyeusement et voltigent vers moi. Pamo se colle amoureusement.

Ce moment magique dont les artistes parlent dans leur contact avec le public, je le vis en cet instant. Voilà qu’il va bientôt m’apparaître et c’est moi qui suis aux premières loges.

M’a-t-il choisi? Un chant monte dans ma gorge, une voix primitive, elle exhale la terre.

Il va poindre. Mon excitation monte.  J’appelle Pamo. Il vient haletant. Regarde le grandiose… !!!! PALAM M M M…

Rouge, non, blond, non… rien ne peut dire la beauté. Disque d’or au palmarès de l’univers.

Il se lève. La vedette arrive. L’ostensoir s’élève.

Ohhh  merveille, Ahhhh magnificence. OUAW…

On pourrait chanter.

Là, tout n’est qu’ordre et beauté luxe calme et volupté.

Les oiseaux écoutent. C’est le grand silence au-dehors, mais  à l’intérieur, il y  aurait des trompettes ici, mais plutôt se sont  les louves au loin qui  répondent AOUHHH… elles claironnent doucement.

C’est la grande fête, une prière exhale de chaque cellule de mon être.

MERCI…

Déjà, un rameau de la petite merise devant moi a cassé mon soleil en deux. Un instant d’éternité est passé et il en sera de même pour chaque instant de ta vie tant que tu seras  allumé…

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