Un rayon de soleil sur Kanata 2000

par Elissa Crête

Par un beau jeudi matin ensoleillé du mois d’avril 2002, quatre jeunes volontaires levèrent la voile à bord de leur fidèle compagne de voyage, la camarade Mukti, en direction de la rive sud de l’île de Montréal. À l’issue d’un chemin, rebaptisé « The Magic Road » en l’honneur de notre maître-guide Ulysse, apparut une petite demeure, le chapeau incliné pour nous tirer une révérence de bienvenue. Nous étions arrivés à bon port. Il s’agissait d’une première mission d’exploration du projet Kanata 2000 de la communauté Mohawk de Kanawake: une entrevue avec Lynn Katsitaronkwas Jacobs au sujet d’une maison modèle isolée aux ballots de paille.

Tout en surveillant les exploits de son petit chat avide des rayons de soleil du printemps, Lynn Jacobs nous raconta l’histoire d’un projet communautaire qui aspire à munir ses citoyens de connaissances, d’outils et de techniques pour qu’ils puissent faire des choix éclairés dans les domaines des habitations saines et, de façon plus large, des modes de vie et de développement durables.

En 1997, un rapport du Bureau de l’environnement et du Département de l’habitation de Kanawake souligna que les problèmes d’élimination des eaux usées, d’une population croissante sur un territoire limité et de la dépendance sur l’hydroélectricité et des énergies non renouvelables se reflétaient dans la réalité de demeures humides aux traces de moisissures polluant l’environnement de Kanawake.

Avec l’aide financière du ministère des Affaires indiennes, Ressources naturelles Canada et la Société canadienne d’habitation et de logement (SCHL), un projet fut déposé pour la création d’un nouveau quartier écologique modèle qui soit efficace, durable, respectueux de la nature et de la culture; le tout à un prix abordable. Le projet Kanata 2000 serait donc une étroite collaboration de trois jeunes femmes du Bureau de l’environnement et du Département de l’habitation (Lynn Katsitsaronkwas Jacobs, Eva Johnson et Iris Jacobs) avec les chefs locaux, le directeur exécutif du centre culturel, l’ingénieur local Joe Deom, les architectes Julia Bourke et Simon Paul et un consultant en environnement.

Un plan d’aménagement sur dix (10) acres pouvant accueillir jusqu’à trente-deux (32) maisons écologiques: voilà le défi posé à l’équipe interdisciplinaire en 1997. Se succédèrent les recherches pour le design préliminaire en 1998, la cérémonie d’ouverture et de consécration du site en 2000, les différentes étapes de construction en 2001, la rédaction du rapport d’évaluation et de recommendations en 2002 pour la conception d’un design amélioré en 2003…

Un doux rayon de soleil me caresse le bout du nez ou serait-ce le chat qui me fait un clin d’oeil? Comme nous le rappelle Lynn Katsitsaronkwas Jacobs, cette première maison en ballots de paille, dont la construction se termina tardivement au début de l’hiver 2001, se veut un prototype à vocation expérimentale et éducative. Tous les habitants de Kanawake – les plus jeunes comme les aînés – intéressés à s’installer sur le site de Kanata 2000 sont invités à la visiter et à se familiariser avec les principes et techniques utilisés: design solaire passif avec orientation sud, stockage solaire dans un mur de blocs de terre, chauffe-eau solaire, dalle chauffée par système hydronique, isolation avec ballots de paille, matériaux sains, finitions saines, vernis et peintures sains, appareils ménagers à haute efficacité énergétique, traitement efficace des eaux usées, utilisation efficace de l’espace, flexibilité en fonction de la notion de famille étendue et, en prévision pour le futur, aménagement du territoire selon les principes de permaculture, compost communautaire et regroupement/conseil des habitants de Kanata 2000.

Tout en apprenant à mieux gérer les précieuses ressources naturelles de la communauté, Kanata 2000 s’était aussi donné comme mission de générer des emplois, renforcer les capacités des habitants locaux et de réénergiser l’esprit communautaire. L’utilisation de contracteurs locaux et de main-d’œuvre bénévole lors de la fabrication des blocs de terre et de l’isolation en ballots de paille permit à plusieurs d’acquérir de l’expérience pratique. C’est en œuvrant pour une cause commune que se développe un sentiment de solidarité et de responsabilité sociales.

Comme le lui dit aujourd’hui la communauté de Kanawake en blaguant, le grand méchant loup s’essouflera bien avant d’avoir pu détruire la petite maison en paille de Lynn Katsitsaronkas Jacobs; le pin blanc planté lors de la cérémonie d’ouverture s’est bien enraciné.

A quand le départ? Mukti poussa un long soupir. Pourtant, Ulysse, Philippe, Steve et Elissa rêvent des années à venir – de ces années où ces racines se multiplieront et ses enfants repeupleront leur Mère.

 

Références: 

Fauteux, André. “Kanawakecolo: Des maisons amérindiennes en accord avec la nature”. www.21esiecle.qc.ca, 2001.

Kanawake Environment Office & Housing Department. “Growing a Sustainable Community From Our Roots”, Kanawake, 2002.

 

Personnes-ressources:

Lynn Katsitsaronkwas Jacobs – coordinatrice de Kanata 2000 du Bureau de l’environnement de Kanawake

Julia Bourke – architecte spécialiste de la construction avec ballots de paille

Ginette Dupuis – pécialiste de la construction en terre

Christopher Ives – recherchiste à la SCHL

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