Une approche organisationnelle co-créative

Texte écrit par Manon Gaudreau, traduit de l’anglais
par Mahesvari adapté par Manuel Solidage et corrigé par William !

Cet article vous présentera le portait simplifié d’ un mode de fonctionnement de groupe, puisque le texte de Manon synthétise bien les bases sur lesquelles sont montés différents groupes communautaires.

Son expérience organisationnelle lui a fait connaître les règles d’un système hiérarchique, ainsi que  la frustration des procédures et de la bureaucratie qui en découlent: comités étudiants, conseils d’administration, réunions d’affaires, associations professionnelles et de propriétaires de condominiums.

Elle a découvert, en co-organisant des rassemblements de toutes sortes et en participant à des groupes de soutien, tout un monde de possibilités. C’était enfin un environnement tissé de confiance, d’engagement, de coopération, de vérité, d’abandon, de respect, de compassion, de responsabilité, d’écoute et d’évolution. Manon a initialement documenté cette approche co-créative en 1995 pour le Centre de yoga Kripalu, à Ottawa.

Cette approche peut, d’après elle, être mise en application dans d’autres organisations ayant des contextes différents puisque son application est fondée sur des principes universels.  Voici un résumé de son texte:

L’élément opérationnel de ce modèle s’appelle le Cercle. Il s’organise autour d’une cible commune, sa raison d’être. Il faut un minimum de trois personnes pour qu’un cercle existe.

Un cercle est une équipe de travail. Le mot cercle vient de la position que prennent les membres lors de leur rencontre, car ils sont tous considérés comme égaux. Cela permet à tous les membres de se sentir inclus et favorise une bonne communication. Personne ne s’assoit en avant pour jouer le rôle du chef d’équipe car tous les partenaires se partagent le leadership.

Les membres se partagent l’animation des réunions à tour de rôle et se mettent  au service de l’équipe. L’animateur ou l’animatrice est choisi(e) à la réunion précédente afin de lui permettre de recueillir les points à soumettre lors de la prochaine rencontre, même s’il arrive qu’un animateur externe soit invité.

Tout participant au cercle peut aussi soulever des points lors de la réunion elle-même. Il est bénéfique d’établir des protocoles de réunions ou de discussions au préalable afin d’éviter une surcharge d’informations, de maintenir un bel esprit d’équipe ainsi que de promouvoir des discussions fertiles et la création d’ententes productives.

La réunion peut commencer et se terminer par un rituel de centralisation dirigé par l’animateur du jour. Durant la réunion, chaque membre peut demander une re-centralisation si la discussion n’est pas productive. Il est bon de choisir une personne qui, tout au long de la rencontre, jouera le rôle d’interrogateur “sommes-nous centrés et ancrés dans nos principes de base?”

Principes directeurs de base

  • Agir avec motivation et intégrité au service de la communauté
  • Ouverture, confiance
  • Créer un espace permettant à toute personne d’être dans son pouvoir personnel
  • S’engager dans la co-création, le partenariat et le partage des pouvoirs
  • Parvenir à des ententes plutôt que d’appliquer des règles
  • Construire la communauté en créant des liens plutôt qu’en établissant des échelons hiérarchiques

Le cercle fonctionne donc en recherchant des ententes par consensus plutôt qu’en prenant des décisions basées sur la majorité. Certains membres s’engagent à participer régulièrement aux rencontres pour assurer une continuité, mais chaque réunion peut bien entendu, être ouverte à tous les membres de l’organisation.

Bien que les fonctions puissent être les mêmes que celles qui sont définies dans une approche hiérarchique, la différence se trouve dans les relation entre les gens. Les rôles dans l’organisation sont choisis par un processus d’auto-sélection. Les volontaires s’engagent dans une fonction déterminée ou à participer à un cercle déterminé pour une période de temps précise, avec l’accord des autres membres.

Cercles additionnels
L’organisation peut comprendre plusieurs cercles ayant des rôles différents. Tous les cercles sont considérés comme égaux et interagissent au besoin en partenariat les uns avec les autres. Une personne peut s’impliquer dans plusieurs cercles.

Si des ressources additionnelles ne sont pas disponibles (sous la forme d’autres personnes formant un nouveau cercle), le groupe doit accepter de réduire son niveau d’activité. Épuiser des volontaires ne sert à rien…

D’autres cercles peuvent donc se former et se dissoudre au fil des passions à mesure que l’enthousiasme émerge de l’intérieur de la communauté. Un cercle peut par exemple être créé pour organiser et soutenir un projet, un service aux membres, ou pour décentraliser une activité et jouer le rôle de liaison avec les autres cercles ou avec d’autres organismes externes.

Activité communautaire
Que ce soit dans une communauté ou un réseau de communautés, les activités représentent l’énergie collective, c’est-à-dire la somme de l’énergie, de la passion et de l’intérêt des membres. Si quelqu’un a l’énergie pour faire une chose, il la fait. Sinon, il ne la fait pas. Quand plusieurs membres partagent une passion, sans que ce soit nécessairement tous les membres, une activité communautaire est co-créée. La diversité est honorée.

Qu’une seule personne fasse quelque chose n’est cependant pas considéré comme une activité communautaire. Il s’agira d’une initiative personnelle qui sert l’intérêt de cette personne, et ce, même si l’initiative est motivée par un désir de servir la communauté. Si la communauté n’en a pas exprimé le besoin et n’a pas alloué d’énergie collective pour la concrétisation de cette initiative, alors personne ne peut prétendre que l’initiative sert la communauté. Elle sert une personne qui n’abandonne pas son intérêt personnel et qui veut contrôler la situation.

Aucune activité soi-disant communautaire ne devrait être entreprise ou soutenue par les efforts et le sacrifice d’une seule personne. Si une corvée communautaire doit être faite, elle doit être prise en charge par la communauté et non déléguée à une minorité ou à un sauveur.

Toutefois, la communauté peut choisir de désigner quelqu’un pour accomplir la tâche. Le choix doit venir de la communauté, non de celui qui accomplit la tâche, sinon, une fois encore, il est considéré que ce dernier sert son intérêt personnel. La sagesse et la maturité sont des éléments essentiels de cette approche co-créative.

De même, il est important de développer les attitudes suivantes :

  • Avoir confiance en l’Esprit et écouter sa voix intérieure
  • Faire de la vérité le fondement de notre connexion
  • S’ouvrir au changement qui germe de l’intérieur
  • Capacité de donner et de recevoir
  • Exprimer son appréciation des autres
  • Accueillir la diversité et honorer la contribution de chacun en ce qu’elle a d’unique

Avoir un fondement spirituel constitue un atout qui aidera les gens ayant divers antécédents spirituels à se rassembler s’ils sont capables de transcender leurs antécédents respectifs, afin de former une collectivité. Leur force individuelle, enracinée dans leurs valeurs et leur pratique spirituelle, enrichira celle-ci.

La collectivité doit définir et mettre en pratique ses propres rituels pour se soutenir au-delà de l’application d’une structure organisationnelle et d’un processus de prise de décision et au-delà des pratiques spirituelles individuelles. Ces rituels collectifs reconnaîtront les talents et les contributions de ses membres et célébreront l’esprit communautaire.

La présence et la participation de gens matures (anciens) d’expérience au sein du Conseil apporteront à celui-ci un élément de sagesse et fourniront des exemples de comportement co-créateurs.

En voici quelques-uns:

  • Présence et observation de soi: être son propre témoin
  • Maîtrise de soi: gérer ses émotions
  • Amour, acceptation et pardon de soi: il est permis de ne pas être parfait, de faire des erreurs
  • Compassion envers soi-même et les autres
  • Accepter la critique
  • Respecter les divergences d’opinion, de désirs et d’émotions
  • Régler les problèmes de manière constructive: proposer des solutions lorsqu’on évoque un problème
  • Maintenir l’harmonie avec les autres: prendre le temps d’établir des liens et de résoudre les conflits

Une collectivité bénéficie des talents et habiletés de chacun de ses membres. L’individu et la collectivité partagent la responsabilité de développer ces aptitudes. Chaque personne poursuit sa propre croissance, et tous les membres de la collectivité se supportent mutuellement dans leur évolution. Dans le cas d’un conflit non résolu dans le cercle, il est recommandé de recourir à un animateur extérieur compétent.

Il est possible que certaines personnes soient attirées par les communautés pour compenser leurs faiblesses sociales ou relationnelles. Ces personnes bénéficieraient davantage à recourir à l’aide professionnelle et à participer à des ateliers de croissance personnelle et à des groupes de soutien.

Il convient de déceler les comportements suivants :

  • Personnalité égocentrique, manipulations, intimidations.
  • Être sur la défensive ou se comporter en victime
  • Compulsions ou dépendances
  • Ermite ou fuite

Nous sommes tous inter-reliés. Quand nous partageons nos talents, nous enrichissons notre vie individuelle et collective. De même, quand nous mettons en commun nos incapacités et nos échecs, nous contribuons à notre médiocrité, individuelle et collective. La communauté multiplie notre pouvoir, celui d’enrichir notre vie ou de la rendre misérable. La liberté passe par la responsabilité.

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