Une Polytechnique inspirante

par Julie Francoeur

À Montréal, on a vu, au cours de la dernière décennie, l’émergence de plusieurs gros bâtiments verts. Je pense entre autres à la TOHU – Cité des arts du cirque et au magasin de plein air Mountain Equipment Coop. Ce qui est encourageant, car ces entreprises diffusent ainsi au reste de la société québécoise une image réaliste de la construction écologique à grande échelle.

En mai dernier, j’ai visité les pavillons Claudette-Mackay-Lassonde et Pierre-Lassonde de l’École Polytechnique de Montréal qui totalisent le plus grand projet de construction écologique au Québec. Inaugurés le 3 octobre 2005, les pavillons Lassonde ont coûté soixante-quinze millions de dollars (75 M $) pour la construction (sans compter le terrain, le mobilier et les télécommunications).

La construction des pavillons Lassonde, qui a permis d’augmenter la superficie de Polytechnique de 35 %, a été réalisée en respectant le système de certification LEED (Leadership in Energy and Environmental Design) qui comporte six volets: l’aménagement écologique des sites de construction, la gestion efficace de l’eau, la préservation de l’énergie et de l’atmosphère, l’utilisation et la réutilisation des matériaux et des ressources, la qualité des environnements intérieurs, l’innovation et le processus de design. Notons que les pavillons Lassonde ont reçu la certification Or de LEED, qui représente la deuxième place après la certification Platine.

De l’extérieur, le bâtiment ne se démarque pas tellement d’une construction neuve standard, si ce n’est par son nombre faramineux de fenêtres (50 % de l’enveloppe extérieure est vitrée). À l’intérieur, par contre, le visiteur est tout de suite frappé par les couleurs. Un des objectifs du projet était d’instaurer un milieu de vie stimulant. Mission accomplie! Autant pour l’apprentissage des étudiants que pour la productivité des travailleurs. Quatre couleurs représentant les couleurs terrestres sont partagées entre les huit étages de l’édifice. Ce qui est le plus surprenant, c’est que tout est rouge, orange, vert ou bleu. Les planchers, les murs et les plafonds. Étrangement, le résultat n’est pas du tout agressant. Plutôt dynamique! Rouge pour le magma et le centre de la Terre, orange pour l’écorce terrestre, vert pour les plantes et la vie et bleu pour l’atmosphère de la planète. Avec la lumière extérieure entrant à flots, l’effet est des plus intéressants. Vous aurez certainement deviné que la peinture a été choisie en suivant des critères écologiques.

Le mobilier et les portes, quant à eux, ont été choisis pour amenuiser les émanations de composés organiques volatils ou d’urée-formaldéhyde. Je tiens à préciser qu’un visiteur non avisé n’y verrait que du feu: l’ensemble est parfaitement conforme à l’idée que nous pouvons nous faire d’un bâtiment neuf! Les systèmes mécaniques, pour leur part, utilisent du HFC-134A protégeant la couche d’ozone et des détecteurs de mouvement éteignent automatiquement la lumière et la climatisation dans les locaux périphériques.

L’eau de pluie et de drainage est récupérée pour les toilettes (qui sont à double chasse), ce qui totalise environ 2 millions de gallons par année qui sont, par le fait même, économisés sur l’eau potable. Tous les besoins en eau et en énergie sont gérés par un système de contrôle (BACnet). La chaleur provenant des cheminées du pavillon central est récupérée et réacheminée vers les autres parties du bâtiment, ce qui économise environ 2/3 du chauffage. L’apport d’air oxygéné étant plus important que dans nombre de bâtiments québécois, je parie ma blouse que les ventes d’Aspirine sont à la baisse dans le secteur!

Pour favoriser le transport écologique, sur les 185 places de stationnement, environ le 2/3 est réservé au covoiturage et 6 espaces sont prévus pour la recharge électrique des véhicules hybrides, avec possibilité d’en augmenter le nombre éventuellement. Sans compter les nombreux supports à vélos.

Le tout eût été incomplet sans une toiture verte! 800 m² de toiture ont été aménagés intelligemment: une partie terrasse pouvant accueillir cent personnes, une partie verte et une partie recouverte de pierre blanche afin de minimiser les charges thermiques par réverbération.

L’École Polytechnique formant de futurs ingénieurs, il semblait logique d’éduquer au développement durable par l’exemple. D’ailleurs, un accord a été conclu avec l’Association professionnelle des ébénistes du Québec (APEQ) pour transformer les arbres qui ont été abattus lors de la construction en meubles de collection, dont une armoire qui est exposée sur place. Belle initiative pour inciter à une réflexion sur le recyclage et le réemploi!

Je termine en citant M. Michel Rose, directeur du projet, qui répond à ceux qui doutent encore des bénéfices d’un virage vert: « En moyenne, sur une période de 40 ans, le coût de construction d’un édifice représente moins de 2 % du coût global, le reste étant essentiellement lié à l’exploitation (6 %) et aux occupants (92 %). Or, les études démontrent qu’un bâtiment vert fait augmenter la productivité de ses occupants de 5 à 15 %. C’est donc un bon investissement sur tous les plans. Et rappelons-nous que le développement durable est une pratique établie depuis 3 milliards d’années par la nature, mais l’Homme commence tout juste à l’intégrer. »¹

1 – Tiré du document: « Les pavillons Claudette-Mackay-Lassonde et Pierre-Lassonde – Entrez, c’est ouvert… », édité par la Direction des affaires institutionnelles et secrétariat général de l’École Polytechnique.

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