Informations tirées de “Creating a life together”

par Frère Ours

Comme il serait bon de vivre dans un écovillage, une communauté intentionnelle qui vise le bien-être des êtres vivants qui l’occupent, en harmonie avec leur environnement. C’est ce que plusieurs d’entre nous désirons dans un avenir plus ou moins rapproché, et ce pourquoi Aube est né au départ!

Bien qu’il existe plusieurs écovillages aux États-unis et un peu partout au monde, nous traînons la patte au Québec comme au Canada. Pourquoi ne prenons-nous pas ce chemin collectif du développement durable et écologique? Eh bien, pour plusieurs raisons que j’expose ici sommairement: individualisme chronique, manque d’expérience, absence de modèles et surtout, le manque de savoir et d’information.

Acheter une terre presqu’inconnue et s’installer dans le bois pour y vivre avec une bande de granos baba cool est un très grand projet qui demande réflexion. Avant d’investir temps et argent, il vaut mieux savoir où on s’en va si on ne veux pas se retrouver à la rue, sans sou ni chemise.

Rassurez-vous futurs écovillageois et sauveurs de planète! Des gens très conscients nous ont transmis un excellent livre de recettes pour concocter de succulents écovillages. Je vais ici tenter le tour de force de vous résumer ce livre de 244 pages (qui, malheureusement, n’est disponible qu’en anglais pour le moment) en quelques mots.

Creating a life together” (Créer une vie ensemble), est un trésor d’informations, bourré d’exemples concrets, vécus par de vraies communautés.

Avant d’arriver à l’établissement d’un écovillage ou de n’importe quelle communauté intentionnelle, beaucoup d’étapes et un travail acharné constant sont nécessaires. Trouver la terre, l’acheter, réunir les membres, ramasser l’argent, etc… Il est dit que seulement 10% des groupes d’individus réussissent. Alors ouvrez grand vos oreilles, pour ne pas vous retrouver dans le 90% qui reste!  (C’est principalement pour ça que ce livre fut écrit).

On raconte qu’au tout début il n’y avait rien, puis furent créés…. Les Fondateurs!!!
Même si, finalement, votre futur écovillage sera constitué de dizaines de membres, peut-être des centaines (que dis-je, des milliers!!!!), pour commencer il revient à un petit groupe de mener le projet à terme. Pour ce faire, les fondateurs(trices) doivent détenir tous les ingrédients nécessaires au succès de cette grande aventure. Ils doivent être visionnaires ; pouvoir imaginer, voir, sentir quelque chose qui n’existe pas encore. Ils doivent être leaders pour inspirer les autres (mais pas trop) à croire en leur vision.

Ils doivent avoir certaines autres qualités: des qualités d’entrepreneur, une bonne communication, de la persévérance et une volonté de reconnaître les autres. Quand le noyau des fondateurs est bien établi, il est important de mettre sur pied un plan d’action décrivant toutes les étapes à suivre avant d’habiter le paradis terrestre. Bien s’organiser et s’entendre sur la structure des rencontres et des réunions.

C’est clair qu’il ne faut pas courir acheter une terre à l’aveuglette. On conseille de visiter plusieurs communautés existantes. Quand l’être communautaire est né (le noyau de fondateurs(trices)), il est maintenant crucial de formuler une vision claire de ce qu’il veut, et de la mettre sur papier.

Elle doit être simple, claire et authentique. La vision deviendra plus qu’un document officiel, mais un rayon d’énergie qui vous guidera d’où vous êtes maintenant vers où vous voulez aller. Que mettre dans votre vision? La mission de la communauté, les valeurs du groupe, les intérêts, les buts et objectifs à atteindre, les aspirations, les stratégies, etc… Le processus de visionnement est l’une des tâches les plus importantes, C’est un moment sacré durant lequel vous parlerez avec votre cœur.

De quelle façon votre groupe prendra-t-il ensuite les décisions? J’ose espérer que la dictature est hors de question! Le consensus devient tranquillement le mode de prise de décision le plus populaire des humain(e)s conscient(e)s. Bien qu’il existe plusieurs modes de prise de décision alternatifs, le consensus n’en demeure pas moins, selon moi, le moyen le plus équitable et juste de prendre des décisions en groupe.

Il est très important de mettre par écrit toutes les ententes, visions et modes de fonctionnement, même si on se dit avoir confiance et qu’on ne veut pas mettre en doute nos ami(e)s. Écrire clairement les ententes évite beaucoup de problèmes et de complications.

Voici quelques domaines qu’il est préférable de clarifier: le travail communautaire et la répartition équitable des tâches; l’utilisation de la terre et les lignes de conduite écologiques; comment payer les dépenses (constantes et périodiques); politique concernant: les animaux, le tabac, l’alcool, la drogue, la conservation de l’eau et l’électricité; processus permettant aux nouveaux membres de se joindre à vous, participation financière et de travail des nouveaux membres; normes de comportement et comment intervenir en cas d’infraction à ces normes et quelles seront les conséquences; base et détail des motifs pour demander le départ de membres de la communauté, et comment y procéder.

L’entité légale (ou bibitte bureaucratique!)
Eh oui, il est préférable de s’enregistrer comme entité légale, peu importe laquelle. Encore une fois, certains penseront ne pas vouloir s’aventurer dans ce chemin d’officialité légale et corporative, mais ce serait mieux pour la viabilité du groupe. Il en existe plusieurs types: organisme à but non-lucratif, p.m.e., coop, religion…. C’est à vous de trouver ce qui vous convient.

Si vous n’avez pas d’entité légale, voici quelques points qui pourraient créer des problèmes et conflits: droits de propriété et responsabilité des membres, vulnérabilité aux créditeurs et aux poursuites judiciaires, compensation financière aux membres qui quittent, qui détient les droits de propriétés et qu’arrive-t-il si le groupe se dissout?

Avoir une entité légale facilite l’achat de terres, car les institutions financières prennent plus au sérieux une entité légale qu’un groupe d’individus. De plus, toutes les ententes prises par le groupe sont reconnues par la loi. Pensez-y bien!

La Terre idéale
Vous aurez sans doute à faire une longue recherche et à visiter plusieurs terres avant de trouver celle qui vous convient le mieux. Quelques détails importants méritent attention avant d’acheter une propriété. D’abord le zonage: le zonage est une réglementation d’activités (agriculture, entreprises, élevage) et de densité de population (nombre de bâtiments) dans une municipalité donnée. C’est souvent ce qui nous met des bâtons dans les roues, nous empêchant de former notre communauté écologique et durable.

Il est cependant possible de faire changer le zonage de votre future propriété en obtenant un permis spécial après avoir recueilli les opinions et l’accord des voisins et participé à une audience publique dans ladite municipalité. Ça vaut le coup d’essayer!

Pour ne pas se faire déjouer, il est important de maîtriser le marché immobilier de la région où vous voulez vous établir. Il est fortement recommandé d’engager un avocat spécialiste en taxes et dans l’immobilier pour acheter la terre et même pour fonder votre entité légale. Un expert comptable s’y connaissant en taxes serait aussi pratique pour économiser au maximum sur celles-ci.

Avant d’acheter la terre, renseignez-vous sur les points suivants: l’eau, les routes, les services (téléphone, puits artérien, etc…), les fosses septiques, l’état des bâtiments existants, le code de construction et les voisins.

Le financement
Ce point sensible qui cause beaucoup de maux de tête aux entrepreneurs(es) écovillageois(es) est néanmoins stratégiquement central à la conception de la communauté intentionnelle. Si on emprunte, il faut connaître à l’avance le pouvoir d’emprunt du groupe et la cote de crédit de chacun. Il faut aussi bien déterminer le montant du prêt, les intérêts et les termes de paiement. Il va sans dire que cet engagement auprès des institutions financières est sérieux et que vous risquez de tout perdre si vous ne remboursez pas un paiement à terme.

Écouter votre terre
Bon! Vous êtes reconnus légalement, vous empruntez suffisamment d’argent et vous êtes maintenant les heureux propriétaires d’une belle terre. Ce n’est pas fini! Beaucoup reste à faire…

Il est préférable de prendre son temps avant d’entreprendre les grands travaux de construction. Pour réussir en beauté une terre d’accueil écologique, on recommande d’être à l’écoute attentive de votre terre au cours des saisons. De trouver et sentir les sites sacrés (grandes beautés et générosité) et de ne pas y construire. De conceptualiser et bâtir avec une attention particulière pour un minimum d’impact et un maximum d’enrichissement. Créez un plan d’aménagement du site.

Évitez surtout le syndrome des réfugiés urbains, c’est à dire ne pas s’étendre sur la terre sous prétexte d’avoir besoin d’espace. Cela surexploite la terre (routes, système d’eau, etc..). Une proximité relative est d’ailleurs préférable à la convivialité de la communauté. Encouragez une connection visuelle entre les villageois.

Bâtiment communautaire
Le bâtiment communautaire regroupe souvent une cuisine, des ateliers, un bureau, etc… Il devrait être le cœur du village. Il doit être mis en valeur. Encouragez la beauté et faites qu’il soit visible. Le construire ensemble vous-même et en premier vous aidera à créer une identité de groupe, un esprit communautaire, un centre énergétique à votre écovillage.

Les relations humaines
Et finalement, les relations humaines; la communication et la résolution de conflits. J’aurais pu commencer avec ça car c’est la base de tout projet communautaire (voir Aube #9).

Aujourd’hui, avec le monde illusoire de l’égo-individuel, nous perdons de vue les valeurs humaines qui font de nous des êtres grégaires (qui vivent en groupe, en clan ou tribu). Vivre ensemble n’est plus aussi facile qu’avant. Nous sommes tous blessés à différents niveaux et notre communication laisse à désirer. Nous avons beau avoir la plus belle terre, être riches à craquer, si on ne peut s’endurer à proximité des autres, ou si les autres ne peuvent nous endurer, la communauté n’ira pas très loin.

Une charte ou protocole de résolution de conflits, écrite avec l’intention de vouloir le bonheur de tous de façon équitable, pourrait vous épargner beaucoup de mauvais sang. Mais avant tout, pour maximiser l’harmonie du groupe, vous devez nourrir des relations durables.

Il est bon de se parler avec une conscience positive et de se parler beaucoup (cercles de parole, cercles de partage, cercles d’organisation, etc…)

La colle communautaire
Pour conclure, vous aurez besoin d’un ingrédient important tout au long de la préparation de ce plat exotique; la colle communautaire. Cette colle est la manifestation du sens de la communauté, un bien-être du groupe qui vous connecte les uns aux autres émotionnellement.

Rudolph Steiner a dit que partager des activités physique avec un groupe, “Quand les gens bougent le corps et les cordes vocales ensemble”, crée une unité profonde à un point tel que leur connections ont tendance à durer.

Mangez ensemble, travaillez ensemble, générez cette superbe colle communautaire qui fera de vous des écovillageois(es) heureux(euses), sains de corps et d’esprit.

J’espère que ces informations vous seront utiles mais je vous conseille tout de même de lire le livre en entier. Le coup en vaut la chandelle (en cire d’abeille)! Vivement l’avènement de la multiplication des écovillages pour une Terre et une humanité en santé!

 

Références:

“Creating a life together, practical tools to grow ecovillages and intentional communities”
par Diana Leaf Christian, aux éditions New society, 2003.

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