Voyager autrement

par Nadia Gagné-Michaud

Autrefois réservé à l’élite, le tourisme de masse fut popularisé au milieu du 20e siècle. Il était maintenant plus facile pour les citoyens à faible revenu de voyager à des coûts raisonnables. Cet engouement fut alors à la merci des entreprises friandes de bénéfices, si bien que le voyage reste souvent objet de consommation. De nombreuses personnes aimeraient pourtant, de plus en plus de gens se rendent compte que ce type de voyage ne répond pas à leurs besoins, et cherchent des façons de voyager autrement. L’industrie touristique doit donc composer avec cette nouvelle demande s’opposant au tourisme commercial.

Le personnage touriste
Son histoire : Depuis longtemps, les hommes se déplacent sans avoir de nom. On n’a qu’à penser aux croisades et pèlerinages. Notre personnage touriste n’apparaîtra qu’au 18ième siècle en Angleterre. Sa plus grande croissance ne se fera pourtant sentir qu’au 20ième siècle. En effet, entre 1900 et 1950, on assiste à une augmentation de la classe moyenne due à l’industrialisation. Ce changement entraînera progressivement ok un surplus d’argent et de temps libre, amenant plusieurs entreprises à solliciter ces individus ok afin de les aider à bien les dépenser.

Mais qui est le touriste? Un consommateur ou une personne?
Pourquoi voyage-t-il? Ces abus de l’industrie nous renvoient une image plutôt négative de notre joyeux personnage touriste malheureusement méconnu. En effet, les voyagistes se préoccupent très peu de ses motivations à voyager. Mais pourquoi voyageons-nous? Répondre à la question est pour certains une évidence, et pour d’autres une lourde tâche. Ne croyez- vous donc pas que les vacances constituent des expériences uniques favorisant l’enrichissement par l’apprentissage? Ou s’agirait-il d’une sorte de jeu d’adulte nous permettant de vivre pendant un moment dans un autre monde?

L’industrie touristique
Vendeurs de bonheur…!?! Les tours opérateurs nous vendent des destinations de rêve pour nous faire fantasmer sur les beaux paysages, les plages et autres magnifiques villages tous plus charmants les uns que les autres. Nous nous retrouvons donc face à une situation où la destination et l’acte de voyager deviennent en quelque sorte la quête d’un idéal. Un bonheur qui ne sera assouvi que temporairement.

De plus, étant pris par la lourde tâche de vivre au quotidien, le voyageur désire vivre une expérience loin de toute contrariété et responsabilité. Il devra donc consommer des services répondant à sa demande. En effet, le voyage est souvent réduit à un acte de consommation, tout comme les loisirs. On achète des services tels que le transport, l’hébergement et la restauration. Pour combler les vides, nous divertir ou nous instruire, nous visitons des musées et nous allons dans les parcs. L’industrie touristique, grand organisateur de services, se fait donc un plaisir de répondre à cette demande.

Les impacts
En forte croissance, les bénéfices qu’engendre cette industrie profitent presque exclusivement aux pays du Nord. Non seulement elle rapporte beaucoup d’argent à ceux-ci, mais elle se préoccupe très peu du tort qu’elle cause dans les pays d’accueil. Songeons aux impacts négatifs sur l’environnement : il y a d’abord diverses pollutions (eau, déchet, bruit), la construction d’infrastructures affectant l’environnement, etc. D’autre part, la confrontation entre les cultures radicalement différentes entraîne de l’incompréhension et de l’intolérance. Les conséquences seront le stress social, la criminalité et la prostitution qui ne sont que quelques exemples d’impacts socioculturels. Le touriste s’intéresse malheureusement davantage à son propre confort, à la qualité de ses services et à ses dépenses qu’aux impacts de son séjour. En somme, les attitudes démesurées des pays occidentaux sont la cause de bien des malheurs de certaines populations visitées.

Voyager autrement
Il y a néanmoins plusieurs personnes qui décident de voyager autrement. Ainsi, le voyage à sac à dos est un incontournable. Viennent ensuite ceux qui souhaitent pousser leur expérience en donnant un sens à leur voyage. L’industrie doit donc composer avec une nouvelle demande qui s’oppose au tourisme commercial de masse. Mais comment s’y prendre et s’y retrouver? De multiples définitions tâchent de catégoriser le tourisme contemporain et quelques organisations actives s’intéressent au sujet, telles que l’OMT (Organisation Mondiale du Tourisme) et le BITS (Organisation Mondiale du Tourisme Social). Voici donc quelques brèves descriptions à titre d’exemple :

Toutes les formes de tourisme dont il est question ici gravitent autour du tourisme durable

Tourisme durable
Développement et gestion du tourisme à long terme sans compromettre les générations futures.
*Touche toutes les formes de tourisme

Tourisme éthique et responsable (concept)
Référence à la conscience sociale par l’adoption d’une attitude responsable lors de nos voyages. *Touche les visiteurs tout comme les entreprises

Tourisme équitable
Partage équitable des bénéfices engendrés par ce commerce avec les populations locales.

Tourisme social
Droit aux vacances et accessibilité à tous les groupes de population (exemple : les personnes âgées, handicapées, etc.)

Écotourisme
Tourisme pratiqué en milieu naturel avec la notion d’apprentissage.

Tourisme solidaire
La rencontre, l’échange et la coopération des visiteurs avec le pays d’accueil favorisant la solidarité et la responsabilisation.

Aide humanitaire
Interventions solidaires répondant à une urgence. L’aide humanitaire consiste à agir directement auprès de populations particulièrement marquées par des événements graves tels que la guerre et la famine.

**Il y a plusieurs associations qui organisent des séjours responsables**

Pour plus d’information : le guide du Petit futé, tourisme solidaire, 2006-2007

Conclusion
Le tourisme responsable est encore bien jeune. Il reste donc encore beaucoup à faire avant que les voyageurs et l’industrie se responsabilisent. A cet effet, bon nombre de personnes sont plus ou moins informées sur le sujet. La sensibilisation et l’éducation au voyage d’agrément constitueraient donc une avancée considérable…

Références: 

Autre source intéressante : L’expérience touristique contemporaine, fondements sociaux et culturels, MARC LAPLANTE, Presses de l’Université du Québec

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