Historique du Campement québécois de la jeunesse

par Miriam Heap-Lalonde

Le Campement québécois de la jeunesse (CQJ) est la manifestation régionale d’une vaste expérience de convergence qui s’est développée en marge des forums sociaux mondiaux d’abord (Porto Alegre, Mumbai), puis des forums sociaux locaux qui ont par la suite vu le jour. Dans une perspective d’exploration pratique d’alternatives sociales, politiques et économiques, le Campement intercontinental de la jeunesse (CIJ) est un espace d’expérimentation basé sur les principes d’autogestion, de démocratie participative, de solidarité et de responsabilisation individuelle et collective. La structure organisationnelle du CIJ, ouverte et inclusive, offre un cadre participatif où peuvent se manifester la diversité et la richesse véhiculées par les participant(e)s.

Au CIJ 2003, des participant-e-s d’un peu partout se rencontrent et forment un réseau de contacts pour faciliter l’articulation, à l’échelle internationale, des multiples luttes menées localement. Issu de cette convergence, le Réseau de résistance globale (RRG), auquel participent plusieurs Québécois-e-s, encourage la multiplication des expériences de villages autogérés. C’est à ce moment que naît le projet du Campement québécois de la jeunesse.

La possibilité d’organiser au Québec un campement urbain (et de bénéficier d’une grande visibilité) est compliquée par l’envergure des dimensions légale et logistique du projet. En l’absence d’un Forum social québécois auquel se greffer, les organisateurs/trices choisissent de réaliser le campement en région, sur une base complètement autonome. La première édition du CQJ en 2003 a lieu à Ste-Malachie (au sud de Lévis) et tient lieu de laboratoire de développement des orientations mêmes du CQJ. Réalisé sans appui institutionnel ou gouvernemental, avec un minimum de moyens, l’emphase est mise sur le principe d’autogestion et le caractère autonome du CQJ.

Dès ce premier campement, une réflexion sur le nom – l’appellation jeunesse – et ce qu’il évoque entraîne un débat plus large au sujet du « public » auquel s’adresse l’événement et son potentiel inclusif. La question de la présence, au sein du campement, d’une plus grande diversité culturelle (minorités ethniques, autochtones) est soulevée et perdure jusqu’à ce jour. Le défi de faire du campement un projet véritablement représentatif de la pluralité de la société québécoise incite les organisateurs/trices à déménager le campement d’année en année et à se doter d’un comité organisateur regroupant des individus provenant de partout au Québec.

En 2004, le campement se déplace à Durham-Sud (près de Drummondville), sur une terre habitée par un groupe artistique, Vichama collectif. Fort de l’expérience précédente, ce deuxième CQJ vient préciser les approches de fonctionnement et de structure propres au campement. La dimension de résistance créative est un thème dominant tout au long du campement, reflet du désir de diversifier les méthodes de résistance et de réinventer nos façons de faire. L’assemblée de clôture du CQJ 2004 donne d’ailleurs naissance à un réseau informel de participant-e-s du campement qui décident de répondre à un appel lancé lors du Forum social des Amériques (en Équateur). En effet, quelques mois plus tôt, à Quito, le RRG avait établi d’organiser des journées de résistance continentale contre la militarisation, deux jours avant les élections américaines. Au Québec, l’initiative se concrétise par des actions à caractère artistique – une intervention théâtrale et la production d’un tract sous forme de bande dessinée – dénonçant le projet de bouclier antimissile (avorté depuis par le gouvernement libéral).

On dit souvent qu’il n’existe pas un campement, mais bien des campements, et que si une multitude de facteurs contextuels viennent donner une saveur particulière au projet (emplacement, actualité politique, etc.), l’expérience de chaque campement est définie par l’apport et l’énergie qu’y investissent ses participant-e-s. En tant qu’espace de convergence, le Campement offre la possibilité de créer des ponts entre diverses luttes menées au Québec contre le capitalisme. Ces ponts favorisent des échanges d’idées qui viennent alimenter la réflexion collective, enrichir les initiatives de résistance et parfois même permettre la mise en commun de ressources pour la réalisation d’actions concrètes. À ce niveau, et cette édition de la revue Aube en est un bel exemple, la collaboration entre l’écovillage en devenir et le CQJ peut-être considéré comme une fière réussite.

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