Introduction aux écoles alternatives (ou différentes) du Québec

par Olivier Brière

Les racines des écoles différentes au Québec tiennent leurs fondements dans le mouvement de l’Éducation Nouvelle en Europe, un mouvement réactif à l’enseignement prodigué par les institutions religieuses et étatiques. Au début du siècle, un groupe d’intellectuels fait la promotion de l’idée selon laquelle «l’école de l’avenir (c’est l’école) organisée pour l’enfant, afin que, cessant d’être le bien, la chose, la propriété de la religion ou de l’État, il s’appartienne à lui-même et trouve à l’école le pain, le savoir et la tendresse dont ont besoin son corps, son cerveau et son cœur.» (Sébastien FAURE)

Ainsi, l’Éducation Nouvelle rompait avec une certaine tradition et proposait une manière complètement différente de voir les rapports entre l’enseignement, le professeur et l’élève.

«Si l’on essaie de dégager la philosophie impliquée dans les pratiques de l’éducation nouvelle, on peut, me semble-t-il, discerner certains principes communs à toutes les écoles progressives existantes, en dépit de leur diversité. À ce qui s’impose du dehors, on oppose l’expression de la culture de la personnalité; à la discipline externe, l’activité libre; à l’enseignement qui procède des manuels et des livres, celui de l’expérience; à l’acquisition d’aptitudes particulières obtenues par dressage, celles qui permettent l’accomplissement de fins liées aux tendances profondes; à la préparation d’un avenir plus ou moins éloigné, la saisie intégrale des possibilités qu’offre le présent; aux buts et à la manière statiques des programmes, le commerce avec le monde en perpétuel changement.»

J. DEWEY, Expérience et éducation (1939) Armand Colin, Paris, 1968, p. 60

Ce mouvement aura donc trouvé écho un peu partout dans le monde, et jusque dans nos forêts de fardoches. Voici une brève présentation de quelques-unes de ces pédagogies naturalisées au Québec.

La pédagogie Freinet
La pédagogie Freinet voit les écoles comme de véritables lieux d’apprentissage favorisant l’épanouissement de l’individu comme être autonome et coopératif, socialement engagé, ayant prise sur son propre développement et celui de son environnement… Elle proclame le tâtonnement expérimental comme étant l’assise fondamentale de sa pédagogie et comme étant au coeur du processus naturel d’apprentissage. L’enseignante ou l’enseignant ne peut que favoriser le tâtonnement expérimental, seul déclencheur des véritables apprentissages. Son rôle consistera surtout à créer un environnement stimulant pour que tous les enfants y trouvent leur compte. Ses interventions essaieront toujours d’aller dans le sens de ce que les enfants sont en train de vivre, respectant leur soif de connaître et de se dépasser.

La pédagogie Freinet ne travaille pas en fonction de l’évaluation-notation, mais en évaluant en fonction du travail accompli. L’évaluation est un outil permettant aux enfants de planifier leur dépassement personnel et collectif. L’enfant est le premier juge de ses apprentissages.La pédagogie Freinet croit que seul l’effort coopératif permettra de bâtir pour demain cette école du travail, effort coopératif de tous-tes celles et ceux qui apprennent et de tous-tes celles et ceux qui se sont donnés pour tâche de les aider. (adaptation de la charte de l’École Moderne québecoise).

La pédagogie Montessori
L’approche Montessori vise le développement complet de la personnalité de l’enfant. Puisque chaque enfant est différent, elle croit que leur rythme de développement est aussi différent. C’est pourquoi la méthode Montessori promeut un suivi individuel. On peut résumer l’approche Montessori par cette formule : »Aide-moi à faire tout seul ».

Ainsi, la classe, qu’on appelle souvent l’environnement préparé, a pour premier but de rendre l’enfant indépendant de l’adulte, de créer un endroit où il peut faire des choses seul. Le matériel que l’on retrouve dans une classe Montessori, la façon de le disposer et chaque détail concernant l’environnement sont considérés en fonction des enfants et de leurs besoins. Les classes sont définies en fonction des différentes périodes de croissance et de développement de l’enfant et se répartissent, en général, en groupes de 0 à 3 ans, de 3 à 6 ans, de 6 à 9 ans, de 9 à 12 ans et de 12 à 15 ans. Les enfants d’âges différents échangent, s’entraident et développent leur sens social.

L’enseigant-e, généraliste éclairé-e, observateur-trice attentif-ve, respecte le caractère, la personnalité de l’enfant et l’accompagne suivant sont propre rythme. Il ou elle ne dispense pas son savoir mais éveille la curiosité de l’enfant en lui donnant envie d’apprendre. Il est disponible pour proposer à l’enfant le matériel et les outils d’apprentissage dont il connaît parfaitement le fonctionnement. L’enseignant-e ne sanctionne pas, mais encourage l’enfant et l’aide à s’auto-corriger et s’auto-discipliner. (adaptation des textes des sites Internet de l’École Montessori de Québec et des Écoles Montessori Inc.)

La pédagogie Waldorf
La pédagogie Waldorf tient fondement dans le mouvement anthroposophique initié par Rudolf Steiner au début du siècle. La meilleure définition générale que l’on puisse donner sur la spécificité de la pédagogie Waldorf est celle de l’objectif même qu’elle s’est fixé : « former des individus capables, en eux-mêmes et par eux-mêmes, de donner un sens à leur vie, des individus libres ». La pédagogie Waldorf veut éduquer l’enfant tout entier « tête, cœur et mains ». Le plan scolaire est aussi large que possible dans le temps imparti et il équilibre soigneusement les matières purement académiques avec les enseignements artistiques et les activités pratiques.

La pédagogie Waldorf s’appuie sur une connaissance approfondie de l’être intérieur de l’enfant et de ses métamorphoses dans le temps. L’enfant est amené à vivre d’abord activement les choses et à les ressentir avant de les comprendre. L’enseignement est porté par des images vivantes. On cherche moins à transmettre un savoir qu’à éveiller chez l’enfant toute la palette de ses facultés, de façon adaptée à son âge, en respectant les rythmes de son développement.

Selon Rudolf Steiner, il ne peut y avoir d’éducation véritable si, au lieu de s’adresser à l’enfant dans sa totalité, on ne fait que lui emplir la tête de connaissances. Sans négliger aucunement les matières académiques, la pédagogie Waldorf s’appuie sur le fait qu’une vie épanouie, harmonieuse et créative dépasse considérablement le simple développement mental et la capacité de gagner sa vie. Aussi importantes que soient ces choses, l’enfant éprouve d’autres besoins. On cherche à former un être équilibré dans ses sentiments, un être doué d’initiative dans l’action et de clarté dans ses pensées. (texte tiré du site Internet de l’École Rudolf Steiner de Montréal)

La pédagogie ouverte ou pédagogie de projet
Appliquée depuis longtemps par les écoles différentes, la pédagogie ouverte est une voie empruntée par plusieurs aujourd’hui. Même les réformes des programmes d’éducation gouvernementaux y puisent! Concrètement, une démarche de projet est une entreprise collective gérée par le groupe-classe (l’enseignant (e) anime, mais ne décide pas de tout). Elle s’oriente vers une production concrète (au sens large : texte, journal, spectacle, exposition, maquette, carte, expérience scientifique, danse, chanson, bricolage, création artistique ou artisanale, fête, enquête, sortie, manifestation sportive, rallye, concours, jeu, etc.) et induit un ensemble de tâches dans lesquelles tous les élèves peuvent s’impliquer et jouer un rôle actif, qui peut varier en fonction de leurs moyens et intérêts.

Elle suscite l’apprentissage de savoirs et de savoir-faire de gestion de projet (décider, planifier, coordonner, etc.) et favorise en même temps des apprentissages identifiables (au moins après-coup) figurant au programme d’une ou plusieurs disciplines (français, musique, éducation physique, géographie, etc.). (adapté d’un article de Philippe Perrenoud : Apprendre à l’école à travers des projets : pourquoi ? comment ?)

L’école à la maison
Ouf, quel sujet! Je n’entrerai pas dans une énumération des raisons qui poussent des parents à s’occuper de l’éducation de leurs enfants, ni des peurs que d’autres peuvent avoir de les voir échapper à ce dogme social qu’est l’Éducation. Oui, c’est possible au Québec d’éduquer ses enfants au petit nid familial. Au meilleur de mes connaissances, il existe comme un flou dans la législation qui ne permette pas à l’État d’obliger aux parents d’«institutionnaliser» leurs enfants. Je vous invite à lire l’article de Sarah Maria La mère de famille – La femme des bois et à consulter les excellents sites donnés en référence plus loin.

Un mot sur l’environnement de nos enfants
Puisque l’enseignement et son environnement sont intimement liés, je tiens à glisser un petit mot sur des «para pédagogies» qui se développent actuellement au Québec.

Dans la conscience collective, l’intérêt accordé à l’écologie ne fait que grandir. De plus en plus, on pense globalement et on agit localement pour assurer un avenir viable. En éducation, les Établissements Verts Brundtland (EVB) en sont un exemple. Travaillant de concert avec plusieurs organismes d’Éducation Relative à l’Environnement (ERE), les EVB favorisent cette prise de conscience de l’environnement (naturel et social), de sa beauté et de sa fragilité. Par la promotion d’activités éducatives comme la plantation d’arbres, la correspondance avec une personne d’un autre pays ou le lombricompostage, cette association aide les éducateurs à concrétiser des valeurs de respect, de paix, d’entraide, de solidarité, etc.

À ces petits à-côtés de la pédagogie proprement dite, j’aimerais souligner un projet prometteur pour la santé de nos enfants. Souvent entendons-nous dire qu’un corps sain est gage d’un esprit sain. Eh bien l’application de ce dicton pourrait bien aller à un projet-pilote de garderie bio parrainé par Équiterre. En jumelant quatre fermes biologiques et quatre Centres de la Petite Enfance (CPE), ce projet permettra un approvisionnement en aliments sains et frais pour le bien-être de nos bambins! (Enfin!)

En terminant, je vous invite à faire des recherches sur les différentes pédagogies offertes un peu partout au Québec et dans le monde. À peine avons-nous abordé un petit coin de pays, mais il reste encore à explorer le monde. J’aurais aimé vous renseigner sur les écoles Krishnamurti, les écoles Living Routes, les écoles en bateaux ou itinérantes, mais je vous laisse le plaisir de les découvrir par vous-même. Et tant mieux, car dans cette quête pour la pédagogie idéale, dans le questionnement qui joignent aussi directement nos valeurs, chacun-e doit faire son bout de chemin pour se connaître un peu mieux. Bon voyage!
Voici quelques adresses :

Pédagogie Freinet
On peut se renseigner sur la pédagogie Freinet en contactant le Collectif Québécois d’École Moderne http://iquebec.ifrance.com/cqem ou la Fédération Internationale des Mouvements d’École Moderne www.freinet.org.

Il existe peu d’écoles Freinet au Québec. À ma connaissance, il y aurait :

-L’école Yves-Prévost à Beauport (418) 666-4580
-L’école Mgr de Laval à Charlesbourg (418) 622-7883
-L’école alternative L’Envol à Laval, (450) 662-7000 poste 5510
-L’école Élan à Montréal (514) 596-7299 et une toute nouvelle dans la région de Québec, l’école Cap- Soleil.

La plupart font partie de l’Association Goéland et leurs coordonnées complètes sont disponibles sur le site de l’association (voir plus bas).

Pédagogie Montessori
Il existe plus d’une soixantaine d’écoles Montessori. Le moyen le plus simple d’en avoir la liste est d’aller sur le site des pages jaunes www.pagesjaunes.ca et d’inscrire dans le champ de recherche le mot Montessori, en limitant la recherche au Québec. Pour se renseigner sur le mouvement, les sites suivants sont à conseiller www.montessori-namta.org Il s’agit d’un mouvement extrêmement populaire. Il y a vraiment beaucoup d’information sur le sujet.

Pédagogie Waldorf
Il existe peu d’écoles Steiner au Québec. À ma connaissance, il y aurait des écoles publiques comme :

-L’école de la Rosalière à Chambly
(450) 447-5010

-L’école des Enfants-de-la-Terre à Waterville (819) 837-0990

-L’école communautaire l’Eau Vive à Victoriaville (819) 752-9756 puis une école privée, l’école Rudolf Steiner de Montréal (514) 481-5686.

Il y aurait aussi les jardins d’enfants suivants :
-Le Jardin d’enfants L’oiseau d’or à Lennoxville (819) 346-2820

-Le Jardin d’enfants Le pavillon d’enfants Tanios à Montréal (514) 333-1657 et le Jardin d’enfants Waldorf Montréal (514) 369-4460

Pédagogie ouverte ou pédagogie de projet
Une association d’écoles alternatives regroupe les écoles différentes appliquant la pédagogie de projet. Il s’agit de L’association des écoles alternatives du Québec Le GOÉLAND Inc. On peut la joindre par téléphone au (450) 445-9670 ou encore sur Internet à cette adresse: www.goeland.qc.ca Vous y trouverez la liste d’une trentaine d’écoles qui travaillent avec la pédagogie ouverte.
Il existe aussi une fondation, La fondation jeunes-projet qui promouvoit cette pédagogie. Vous pouvez la visiter au www.jeunes-projet.qc.ca

L’Éducation à la maison
Pour en savoir plus sur les lois touchant l’éducation à la maison et pour partager des expériences, contactez :

-L’association québécoise pour l’Éducation à domicile (Quebec Association for Home Based Education) C.P. 574, BEDFORD, QUEBEC, J0J 1A0 www.comblay.qc.ca/aqed.htm

-Le Groupe d’éducation à la maison de Québec (GEM)à http://iquebec.ifrance.com/gemquebec

-L’Association canadienne pour la défense des droits des parents enseignant à la maison http://www.hsldacanada.org/francais/default.htm

-L’Association chrétienne de parents-éducateurs du Québec (418) 796-2243 ou http://www.acpeq.org/fr/accueil.html

Les Établissements Verts Brundtland
On peut trouver beaucoup d’informations sur les sites suivants: http://www.ceq.qc.cahttp://terre.csq.qc.net/Frameterre.htm

Les Garderies bio
Pour de l’info sur les garderies bio, contactez Josée Breton chez Équiterre au (514) 522-2000 ou par courriel à jbreton@equiterre.qc.ca ou www.equiterre.ca

Les commentaires sont clos.